
Rencontre organisée par la revue Hommes et Migrations
Dirige la revue «Rue Saint Ambroise». Son roman «Contretemps» vient d'être publié aux éditions Les petits matins

Nouvelles Odyssées
50 auteurs racontent l'immigration
Une anthologie littéraire sur l'immigration avec des textes de Tahar Ben Jelloun, Vassilis Alexakis, François Cheng, Jacques Lanzmann, Nancy Huston, Alain Mabanckou, Andreï Makine, Eduardo Manet, Philippe Claudel et Bernardo Toro.
elisabeth.lesne-springer@histoire-immigration.fr ,
ou ratiba.kheniche@histoire-immigration.fr
tel : 06 20 53 39 18,
Cité nationale de l'histoire de l'immigration
Palais de la Porte Dorée
293, avenue Daumesnil
75012 Paris
Métro : Porte Dorée (ligne 8)
Bus : 46, PC
Entrée libre
Contact : 03 44 06 08 20 (mardi au vendredi 12h30 - 18h / samedi 16h - 19h) contact@theatredubeauvaisis.com
Voir l'adresse : Place Georges Brassens
Plus d'informations sur ce spectacle : http://www.theatredubeauvaisis.com/

Médiathèque Villeneuve d'Ascq
Le samedi 20 octobre à 16h30, rencontre avec l'écrivain chilien Bernardo Toro
Animée par Norah Dei Cas (professeur à l'université de Lille 3)
et organisée dans le cadre de Lire en fête
en collaboration avec le festival littéraire Belles Latinas et l'association Colores latinos.

Librairie V.O.
36, rue de Tournai Lille
Vendredi 19 octobre 2007
18h30 à 20h30: Lire en fête et la nuit du livre
Rencontre bilingue français/espagnol avec
Bernardo Toro et Sergio Gonzalez
dans le cadre des « Belles Latinas » à Lille
En partenariat avec l’Université Lille 3 et l’association Colores Latino Americanos
Si nous classons les hommes en trois catégories : ceux qui se sentent étrangers loin de chez eux, ceux qui se sentent étrangers chez eux et ceux qui se sentent étrangers partout, il faudrait classer les exilés dans cette troisième catégorie, des trois la plus inconfortable. Etre perçu comme « autre » partout où l’on va, est, en effet, une expérience que nombre d’exilés font ou ont fait, surtout lorsque après un long exil ils retournent dans un pays qu’ils ne reconnaissent plus comme étant le leur et où ils sont accueillis comme des étrangers.
La souffrance et le rejet en sont les réactions les plus immédiates, mais il se peut qu’au-delà de cette commotion initiale, les notions de « chez soi », et par conséquent d’ « étranger » perdent leur sens habituel pour en prendre un autre infiniment plus complexe. Pour le sujet ce sens nouveau est souvent difficile à formuler, car il comprend l’ensemble de son parcours sans forcément déboucher sur une idée qui le résume.
C’est probablement là que la littérature a un rôle à jouer. En retraçant l’expérience d’un ou plusieurs exilés, le roman peut parvenir à nous donner une idée de cette absence radicale de chez soi qui caractérise l’exil.
Contretemps est le fruit de cette expérience. D’abord à titre individuel car ce livre a été écrit à un moment de ma vie où il me devenait urgent de savoir qui j’étais. Ensuite à titre collectif, dans la mesure où je savais que la réponse passait forcément par le cataclysme qui représenta pour nous, Chiliens, le coup d’état de 1973. Un cataclysme qui toucha au moins trois générations, la dernière étant née après le putsch.
Quand on passe des idées à la littérature, on s’aperçoit qu’il n’y a pas eu d’exil, mais des exils, très différents les uns des autres. C’est seulement lorsqu’on creuse très profondément l’expérience d’un exil particulier que l’on peut déceler ce que tous les exilés partagent, mais seulement en profondeur, au bout d’un travail de forage.
Contretemps n’est pas la transcription de mon expérience d’exilé, mais la construction imaginaire qui m’a permis d'aller au plus profond de cette expérience. Une œuvre d’imagination dont le dispositif est relativement simple, celui d’une opposition qui au cours du temps va s’inverser.
Un jeune homme quitte son pays et rencontre à Paris une femme exilée politique qui, mal à l’aise en France, vit repliée sur son passé. Alors que l’un veut à tout prix oublier son pays et le drame qui s'y déroule, l’autre n’a que ses souvenirs pour survivre et recréer ce qu’elle a perdu, sa patrie lointaine. Si l’un, le narrateur, représente l’oubli, l’autre, Laura, incarne la mémoire. Ce rapport devant paradoxalement s’inverser.
L’ensemble du livre peut donc se lire comme le passage de l’oubli à la mémoire. Quelqu’un qui cherche à tout prix à oublier se verra obligé, non seulement à se souvenir, mais en plus à raconter par écrit son expérience, le résultat étant le livre que le lecteur a entre les mains.
Le passage du silence à la parole n’est pas ici le fruit d’une prise de conscience politique ou morale, mais la conséquence inattendue d’une relation sentimentale, celle que le jeune homme entretient avec Laura. Si cette relation est complexe, difficile, ambiguë, cela ne tient pas uniquement à leur différence d’âge ou à des ressorts purement psychologiques, Laura représente pour le narrateur ce qu’il veut fuir. A travers elle, il rencontre non seulement l’amour, mais aussi le retour du refoulé, le rapport contradictoire qu’il entretient avec son pays, avec son histoire, ou plus précisément ce qu’il y a de fascination dans son dégoût, d’attirance dans son refus, et surtout d’impossible dans sa volonté de recommencer une nouvelle vie. Il n’y a pas de frontière entre l’ancienne et la nouvelle vie, pas plus qu’entre Paris et Santiago. Le corps de Laura est cet espace indistinct où il se perd et se retrouve tour à tour.
Ces deux expériences qui, comme le titre l’indique, se déroulent à contretemps, vont pourtant déboucher sur un même constat, celui de l’étrangéité radicale. Laura l’assume en ouvrant un restaurant français à Santiago, le narrateur en écrivant son roman en français. A la fin du livre, les deux personnages se retrouveront liés par cela même qui les sépare, le sentiment d’être étrangers partout.

Festival Traits d’Union : Samedi 23 juin de 15 à 21h. Dimanche 24 juin de 10 à 21h. Villa Mais d’Ici. 77 rue des Cités. Aubervilliers. M° Aubervilliers - Pantin 4 Chemins

Bernardo Toro
à l'occasion de la parution de son roman
Contretemps
le dimanche 4 mars à 19h
à El rincon chilien
24, rue Réclusane
Métro St-Cyprien République
31000 Toulouse
Tel : 05 61 42 09 33
Pour en savoir plus, consultez : Contretemps
La libraire Librairie Guillot et l'Association Pattes de Mouche
vous invitent à rencontrer Bernardo Toro
à l'occasion de la publication de
Contretemps
Le roman de l'exil chilien
Le samedi 3 mars à 18h30
Libraire Guillot
21 Lices Georges Pompidou
81000, Albi
Pour en savoir plus, consultez : Contretemps

Entretien avec Caroline Verdier
Caroline Verdier : Même si l’action se situe bien des années plus tard, le moment inaugural de Contretemps semble être le coup d’état de 1973. C’est à ce moment-là que la vie des personnages bascule.
Bernardo Toro : Le coup d’état au Chili a été un séisme effroyable dont l’onde de choc a touché au moins trois générations. Même si je n’avais que neuf ans au moment du puscht, j’ai vu autour de moi le monde s’effondrer, d’abord brutalement, puis lentement et de manière insidieuse. De ce jeu de massacre personne n’est sorti indemne. Personnellement, j’en garde une méfiance irrépressible à l’égard du pouvoir, ainsi qu’un désir permanent de clandestinité, comme si toute participation à la vie sociale « officielle » était une forme de compromission. Que ce sentiment soit absurde ne change rien à l’affaire. La violence du coup d’état a eu aussi des effets de dévoilement, c’est-à-dire de vérité. Je ne suis pas loin de souscrire à la thèse de Freud qui prétendait que la société était le fait d’un crime commis en commun. Ce crime nous l’avons vu, il s’est déroulé sous nos yeux. Les faits sont là, à présent nous les connaissons, mais savons-nous comment ont-ils été subjectivement vécus ? C’est là que la littérature a un rôle à jouer. Fait politique, la dictature est devenue un fait social, familial, individuel, il n’est pas de domaine qui ait échappé à son pouvoir. Loin du cloisonnement que la rationalité impose à l’expérience, le roman capte la vie dans son ensemble, c’est-à-dire dans son hétérogénéité. Politique, sentiments, économie, conflits familiaux, dans la vision subjective tout est inextricablement imbriqué. L’impudeur de la littérature tient moins aux secrets qu’elle révèle qu’aux cloisons qu’elle abat, la réalité semble tout à coup si étrange, si méconnaissable dès qu’elle racontée à partir de la conscience d’un sujet. Toutes les bibliothèques du monde ne sauraient épuiser la richesse d’une seule de nos journées, même si certains livres peuvent nous faire sentir, par instants, cette complexité. C’est ce que j’ai essayé de faire : donner un aperçu de ce que le coup d’état a été pour beaucoup d’entre nous.
Mais votre roman porte surtout sur l’exil.
Oui, il porte sur l’exil et il est porté par lui, en ce sens qu’il est écrit dans une langue d’adoption. D’ailleurs je ne suis pas sûr qu’on puisse parler d’exil au singulier…
Justement Contretemps met en scène deux personnages dont le rapport à l’exil est totalement opposé. L’un, le narrateur, veut à tout prix s’intégrer à la société française, tandis que l’autre, Laura, s’y refuse. Ce n’est pas simplement une question d’âge…
L’âge y est pour beaucoup, le fait que l’exil ait été choisi ou subi aussi. Mais l’assimilation n’est pas le seul but, à l’opposé on retrouve ce qu’on pourrait appeler le « fantasme de l’étranger ». Laura vit en étrangère en France, la narrateur veut rester étranger à la communauté des exilés. Chacun se veut l’étranger de l’autre. Dans ce refus d’appartenance il y a un rêve d’indépendance, d’irresponsabilité, d’autonomie, qu’il soit accompagné de l’idéalisation d’un ailleurs ou pas. Les exilés qui de retour au Chili se voulaient étrangers aux maux qui secouaient la société chilienne témoignent assez bien de ce processus. Mais à mes yeux, celui qui incarne le mieux ce fantasme d’extériorité absolue est l’écrivain. Même lorsque son récit est autobiographique, l’auteur en lui aura toujours l’impression de surplomber la scène. La mise en abîme du récit à la fin de Contretemps tend à dévoiler ce fantasme. Quand le narrateur ramasse le manuscrit qu’il n’a pas donné à lire à Laura, il découvre subitement que son livre n’est pas seulement le témoignage de son expérience, mais son symptôme aussi. Comme Laura, ouvrant à Santiago un bistrot français, pays qu’elle n’était pas loin de détester, le narrateur a écrit Contretemps pour rentabiliser une expérience somme toute assez négative. On n’échappe pas au symptôme, l’exil est avant tout une expérience de dédoublement, de division.
Parlons un peu du titre. Les personnages du roman semblent toujours à contretemps, notamment en ce qui concerne la mémoire. L’un veut oublier quand l’autre tente de se souvenir et inversement. Comment fonctionne ce chassé-croisé entre mémoire et oubli ?
Les rapports entre mémoire et oubli sont trop souvent appréhendés en termes moraux, on parle alors de devoir de mémoire avec tout ce que cela comporte de culpabilité. Nous savons qu’il en va tout autrement, ne serait-ce que parce que la mémoire a une dimension traumatique et l’oubli un effet réparateur. En réalité chaque personne et chaque génération a sa stratégie, laquelle d’ailleurs est vouée à changer au cours du temps. Ce qui est transmis ou omis en termes de mémoire d’une génération à l’autre, voilà ce qui devrait nous faire réfléchir. Comme beaucoup de jeunes de sa génération, lorsque le narrateur quitte le Chili, il ne veut plus entendre parler de politique . Or une fois en France l’étrange silence des exilés sur ce chapitre le pousse à y revenir. Pourquoi ce silence ? Que cache-t-il ? La parole de Laura répond à cette attente. Il s’agit d’une parole transgressive, d’une parole de femme dans un milieu où les valeurs idéologiques sont portées par les hommes. Cette levée du secret aura des effets angoissants, mais aussi érotiques sur le narrateur.
Est-ce la raison pour laquelle, "le silence se trouve au départ" de cette histoire ?
Invitation 

Paru dans l'Humanité, édition du 4 août 2006.
Bonnes feuilles
Contretemps
(Extraits) Je me souviens de sa voix...
Rubrique Cultures

Dans une ambiance très chaleureuse s’est déroulée à paris, à la librairie espagnole, la présentation du roman contretemps, de l’écrivain chilien bernardo toro.
L’auteur présenta ce premier ouvrage -qui traite du thème complexe de l’exil chilien en France- à un public venu en nombre et très enthousiaste, composé pour la plupart des responsables du monde de l’édition, ainsi que des universitaires, des chercheurs et d’amateurs des lettres latines.
[Cliquez dans Galerie pour voir les images de la soirée ]


L’éditorial français “Les petits matins” vient de publier “Contretemps”, roman de l’écrivain chilien Bernardo Toro, qui aborde le long de ses trois cent pages l’exil chilien à Paris, sans fausses complaisances, tout en décrivant la vie parfois cruelle dans la capitale française. Ville dans laquelle, au début des années quatre vingts, beaucoup de chiliens, contraints à accepter n’importe quel travail, survivaient dans des chambres de bonne étroites, ou dans des banlieues éloignées.
Le récit se déroule à travers le prisme d’un jeune chilien, qui n’a pas subi la dictature dans sa chair, mais que l’irrespirable atmosphère du Chili de Pinochet pousse vers la capitale française. Ce roman, écrit en français, est en quelque sorte une conséquence inespérée de cette diaspora chilienne qui, dans les années soixante dix, avait découvert les atrocités commises par la dictature par le biais d’un rapport rédigé en anglais par Amnistie International.
Le mercredi 11 octobre 2006, l’Ambassade du Chili et les éditions Les Petits matins ont organisé la présentation du roman «Contretemps», du jeune écrivain Bernardo Toro, en présence de S. Exc. Mme Pilar Armanet, ambassadrice du Chili en France, de Mr Raúl Fernández, chef de chancellerie, ainsi que plusieurs invités du monde de l’édition, journalistes, écrivains, universitaires et personnalités. Un très nombreux public a assisté aussi au lancement du livre, dans le cadre somptueux de l’Hôtel particulier habité autrefois par Pablo Neruda.
La présentation de ce roman sur l’exil dans ce lieu avait une portée très symbolique. En effet, c’est l’exil chilien qui s’invite dans les murs de la représentation chilienne à Paris, un site qui leur fut longtemps fermé et hostile. L’événement contribue aussi au rapprochement entre le Chili de l’intérieur et le Chili de l’exil.
Mr Roland Husson, écrivain et ancien diplomate, attaché culturel Français à Santiago en 1973 - auteur notamment de l’ouvrage «nous avons mal au chili» - a ouvert la soirée par la présentation du livre. M. Husson a relevé quelques influences de la littérature française sur «contretemps» et le fait même qu’il soit écrit en français. En effet, de par son histoire récente et surtout du fait de l’exil, une partie des lettres chiliennes est écrite aujourd’hui dans d’autres langues.
Les comédiens Diane Dassigny et Aurélien Rondeau ont proposé une lecture de quelques extraits du roman, mise en scène par Astrid Sylvain. L’auteur a ensuite pris la parole pour faire des chaleureux remerciements, entre autres à l’association araucaria, qui l’a accompagné dans l’aventure de son premier livre et a œuvré aussi efficacement pour la réussite de la soirée. Bernardo Toro a assuré ensuite une séance de dédicaces, et son oeuvre a trouvé un excellent accueil auprès du public.
Lors du cocktail qui a clôt la présentation, plus de deux cents convives ont pu déguster les vins chiliens, des empanadas et des petits fours chiliens, dans une ambiance chaleureuse et conviviale. Les invités sont partis avec le livre sous le bras, non sans une certaine fierté de se l’être procuré en avant-première.
Radio Zinzine est une radio libre, implantée à proximité de la petite ville de Forcalquier, dans les Alpes de Haute-Provence (France). Créée en 1981, elle émet 24h/24, 365 jours par an, couvre totalement deux départements, les Alpes de Haute-Provence et les Hautes-Alpes et partiellement les Bouches du Rhône, le Var et le Vaucluse, et est animée par des bénévoles.
Les émissions principales sont les infos (deux fois une heure par jour en direct) rediffusées la nuit et le matin, des magazines réguliers sur des sujets très variés tels que science et société, Afrique, institutions européennes, vie rurale et agriculture, vie associative et annonces régionales; certaines des émissions mensuelles sont produites en collaboration avec des grands journaux français (Dossiers Internationaux avec le Monde Diplomatique, par exemple). La plupart de ces émissions sont rediffusées, sous forme de cassettes, par une quarantaine de radios francophones en France, Belgique et Suisse.
La revue Espaces Latinos et l’Espace culturel latino-américain (ECLA) de Lyon organisent dans le cadre de "Lire en Fête" et de "La nuit des libraires", la cinquième édition du festival littéraire Belles Latinas.
Notes sur l'écriture
Lorsqu’un homme à l’idée insensée de s’enfermer chez lui, d’ouvrir un cahier et de reprendre à la verticale tout ce qui brûle en lui ( pensées, espoirs, souvenirs ), l’existence de la littérature ne lui est d’aucun secours. Le voilà seul devant cette page que personne ne réclame et qu’il s’obstine à écrire. La solitude le tenaille, l’impuissance le guette. D’ailleurs, qu’à-t-il à dire qui n’ait pas déjà été dit ? A quoi bon ces pages, ces faux espoirs, ce temps perdu ? S’il parvient à lever les obstacles en cherchant à tirer quelque profit de ses écrits, il deviendra dans le meilleur des cas un homme de lettres, un littérateur. Mais si malgré l’absence évidente de but, il persiste, c’est sans doute que sa volonté n’y est pour rien. Un besoin inexplicable le pousse, il se doit de lui obéir. Ecrire à la verticale. Aucune activité n’entraîne une pression aussi permanente et involontaire. Aucune retraite méditative ne génère un bruit aussi assourdissant. Bourdonnement sans trêve, magma de mots brûlant sur place, mais sans destinataire apparent, dans une évidence opaque, frontale, continue. Arrivé au moment longtemps repoussé de poser la première lettre, on se rend compte que les mots ne retracent aucune expérience, rien n’a eu lieu qui n’ait lieu sur la page au moment où il écrit.
La littérature, sauf rares exceptions, est une activité horizontale d’exploration, une forme raffinée de divertissement. Rares sont les écrivains qui préfèrent le forage à l’évasion. Ecriture et littérature, souvent confondues, doivent ici être distingués. Alors que la littérature est une échappatoire, l’invention d’un espace ouvert à l’évasion, l’écriture est un assentiment quasi mystique à la pression des mots.
« J’attends qu’il y ait en moi une pression qui me pousse devant le papier, la plume à la main. La pression conduit à tout. Quand j’écris je veux avoir le sentiment de n’être plus moi-même en tant qu’individu, d’être en dehors de toute volonté, mais d’obéir à cette pression. » (Le chemin de Sion, Louis Calaferte)
L’engagement auprès de l’écriture est impersonnel, si nous entendons par «personne» le nœud de représentations autour duquel se noue le pacte social. Père, mère, fils, fille, ami, amie, vers quelque lieu que nous nous tournons, nous sommes pris dans un rôle. Un mot de trop et le lien est brisé. Notre parole est sous tutelle, y compris dans cet espace bruyant d’échos que nous appelons notre for intérieur.
En guise de liberté de parole, il ne nous reste que cette forme d’aphasie que l’on appelle l’opinion. Et on en use, on en abuse, on se rassemble sans cesse pour partager nos opinions. A la fin, cela fait un bruit assourdissant de chaînes. Qui songe à s’en détacher? Le jeu ne consiste-t-il pas plutôt à imposer notre opinion? Certains le croient, pas les écrivains. Les écrivains n’ont pas d’opinion. S’il leur arrive d’en avoir une en tant qu’hommes, ils en ont mille en tant qu’écrivains. C’est-à-dire aucune. Leur parole n’est figée autour d’aucune opinion.
Il y a du silence au fond de chaque écriture, une suspension gênante du régime de l’opinion, une absence gênante de personne en somme qui passe pour de l’immoralité. Qui est-il vraiment, l’écrivain? Que pense-t-il vraiment? Où veut-il en venir? Sa parole ne débouche sur aucune opinion.
Mort de la personne, naissance de l’écrivain. Mort de celui qui est né d’une mère dans la trame serrée du sexe, de la valeur et de la peur de la mort. Naissance de celui qui consent au mouvement impersonnel du verbe d’où tout provient : personnes, histoires et opinions. Mort et naissance donc, et, entre les deux, un reste, une cendre, quelque chose qui ne saurait mourir : le style. On n’échappe pas au style, on ne le cherche pas non plus. Le style n’est ni un ornement ni une griffe individuelle, mais ce qui reste d’une personne quand celle-ci disparaît. Plus sa disparition sera complète, plus son style sera «personnel». Si le style est la cendre, la personne en est le bois. Il faut que la personne brûle pour que la cendre retombe sur les mots. Mais qui veut d’une telle combustion? Qui consent à s’offrir en holocauste aux mots? Et d’abord, s’agit-il d’un choix ou d’une convocation? Beaucoup d’appelés, peu d’élus. Nous tenons trop à notre personne pour obéir à un appel aussi saugrenu.
Il y va de l’écriture comme de la parole du Seigneur. Celui qui l’entend ressent moins le privilège que l’écrasante obligation. Ainsi Moïse récriminant le Créateur : «Pourquoi m’as-tu choisi ? Choisis quelqu’un d’autre et efface-moi du livre que tu as écrit !» Effroi et refus, tous les «appelés» réagissent de la sorte et ce n’est pas un hasard si certains emploient la métaphore de la combustion. «Le Seigneur étendit sa main, toucha ma bouche, et me dit : Je mets présentement mes paroles dans votre bouche.» Jérémie en est si effrayé qu’il décide de se soustraire à sa vocation. «J’ai dit en moi-même, je ne nommerai plus le Seigneur, je ne parlerai plus en son nom. Et en même temps, il s’est allumé au fond de mon cœur un feu brûlant qui s’est renfermé dans mes os, et je suis tombé dans la langueur, n’en pouvant plus supporter la violence.» (Jér. XX,9).
La scène de l’écriture est, bien entendu, autrement plus triviale. Les heures, les mois, les années passent sans qu’aucun doigt ne nous signale. Tout nous est dissuasion. Le sentiment d’absurdité est parfois si aigu qu’il nous pousse à nous trahir. On cherche alors chez les autres ce qui nous manque pour « séduire ». Mais on ne veut pas séduire, on veut simplement faire entendre… Quoi ? Les mots nous manquent et pourtant nous le savons. Parvenus au comble du désespoir, une voix retentît. Est-ce la nôtre ? Le doute persiste, mais il ne va sans commotion. « Soudain, je me suis trouvé dans un état de dédoublement. Il me semblait que le texte m’était dicté. Hallucinant. Visionnaire. Tension pénible, éprouvante. Tout d’un coup les nerfs craquent. Plusieurs jours durant je suis ensuite sans pouvoir travailler.» (Le chemin de Sion, Louis Calaferte)
Louis CalaferteCalaferte est alors en train d’écrire Septentrion, livre censuré pendant près de vingt ans où l’on peut lire des passages comme celui-ci : « Ce que je dis gicle de mes entrailles cancéreuses, autopsie du cadavre exsangue, ce que je dis Dieu me le souffle à mesure, cri et chant de détresse qui tiendrait en entier dans un crachat de vitriol… Dieu crache en permanence dans ma bouche profane et il sera ainsi jusqu’à la fin des temps. Nous nous embrassons tous deux, lèvres jointes, nos langues mélangées. Et je bois ta salive, ô doux Sauveur ! Nous nous tenons entrelacés comme un couple obscène, aux carrefours des impasses humaines. Toi et Moi. Nos corps en feu.»
Le monde, ses enjeux, ses personnages ne sont que des effets de langue, des cristallisations somme toute provisoires. Nous sommes en tant que personnes des participes passés en état de perpétuelle négation. Une goutte de vérité, un souffle du verbe et tout est détruit. L’écriture est cet agent destructeur, son but est moins de raconter le monde que d’en faire sentir l’inconsistance, le défaut de parole qui nous relie.
«Si un homme osait jamais traduire tout ce qui est dans son cœur, nous mettre sous le nez ce qui est vraiment son expérience, ce qui est vraiment sa vérité, je crois que le monde s’en irait en pièces, qu’il sauterait en mille morceaux, et aucun Dieu, aucun accident, aucune volonté ne pourraient jamais rassembler les miettes, les atomes, les éléments indestructibles qui ont servi à faire le monde.» (Tropique de Cancer, Henry Miller)
Le reste n’est que littérature, c’est à-dire une réponse parmi d’autres à la demande sociale. Le but inavoué de la littérature est et sera toujours de rassembler les morceaux. Même lorsqu’elle se veut subversive, surtout lorsqu’elle prétend choquer l’opinion générale. Une opinion chasse l’autre, ce qui était subversion devient règle. Il importe que tout se résume à une affaire d’opinion. Voilà pourquoi elle semble si ennuyeuse alors même qu’elle nous divertit. Son point de vue, ses personnages, sa temporalité, sa psychologie ne font que reproduire le système de références qui tient le monde rassemblé. En un mot, la littérature est le miroir où la société se regarde vivre, l’idée que la société se fait de ses individus, le mode d’emploi de nos vies, si ce n’est leur livret. Complice de la structure romanesque du monde, le littérateur ne s’aperçoit pas qu’il est en tant qu’auteur le personnage d’un roman qui s’est déjà écrit de lui-même. Inutile d’en ajouter un chapitre de plus, les bibliothèques croulent, la télévision en regorge, un témoignage chasse l’autre, c’est dire si notre société aime se laisser bercer par les histoires qu’elle se raconte, ad nauseam !
Bernardo Toro


Sur « Contretemps »





Rentrée littéraire: suspense et fiction au menu des premiers romans
Bernardo Toro est né à Santiago du Chili en 1964, au sein d'une famille de gauche. Son père, fonctionnaire de l'Université du Chili, congédié de son poste pour des raisons politiques après le coup d'État de 1973, a joué un rôle actif dans l’aide aux victimes du régime militaire chilien.
Jeune joueur d'échecs, Bernardo Toro a représenté son pays dans plusieurs compétitions internationales. Lors du Championnat du monde junior à Dortmund (Allemagne) en 1980, il a fait match nul contre le futur champion du monde Gary Kasparov. Au moment d’abandonner la compétition, il était vice champion sud-américain d'échecs.
Après avoir entamé des études de médecine à l'Université du Chili, il décide de quitter son pays afin de poursuivre des études de lettres à Paris. De grand-mère française, émigrée au Chili au début du siècle, il s’agissait en quelque sorte pour lui d’un retour aux sources. Parallèlement à ses études universitaires, il réalise diverses animations d'échecs. Je me rappelle en particulier une simultanée à l'aveugle contre seize participants à la Bibliothèque Nationale de France. En 1987, il soutient à Paris IV un mémoire de D.E.A. sur l’œuvre de Marcel Proust. Depuis, il travaille comme professeur de français dans la région parisienne. Entre 1988 et 1993, il dirige la revue d’art et littérature Lieux extrêmes qui publiera des auteurs de renom tels que Jacques Derrida, Jean Baudrillard, Julia Kristeva, Jean-Luc Marion, Philippe Sollers, etc. Il dirige actuellement la revue Rue Saint Ambroise, publication trimestrielle consacrée à la fiction courte contemporaine. Auteur de plusieurs essais sur la littérature, Bernardo Toro a écrit trois romans inédits.
Son roman Contretemps sera publié à Paris en octobre prochain par la maison d’édition Les petits matins et promet d’être la surprise de la rentrée littéraire parisienne 2006. Il est sans doute l’un des auteurs le plus talentueux de sa génération.
M. C.