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28 mars 2009


La Cité nationale de l'histoire de l'immigration a le plaisir de vous inviter
le dimanche 5 avril à partir de 18 heures au lancement du livre

Nouvelles Odyssées
50 auteurs racontent l'immigration

Une anthologie littéraire sur l'immigration avec des textes de Tahar Ben Jelloun, Vassilis Alexakis, François Cheng, Jacques Lanzmann, Nancy Huston, Alain Mabanckou, Andreï Makine, Eduardo Manet, Philippe Claudel et Bernardo Toro.


Réservation souhaitée :
elisabeth.lesne-springer@histoire-immigration.fr ,
ou ratiba.kheniche@histoire-immigration.fr
tel : 06 20 53 39 18,

Cité nationale de l'histoire de l'immigration
Palais de la Porte Dorée
293, avenue Daumesnil
75012 Paris

Métro : Porte Dorée (ligne 8)
Bus : 46, PC

10 janvier 2009

Rencontre littéraire


Le 10 janvier
au Théâtre du Beauvaisis
Rencontre littéraire et musicale
avec Bernardo Toro, auteur du roman Contretemps
et la Compagnie Aleph

Entrée libre

Contact : 03 44 06 08 20 (mardi au vendredi 12h30 - 18h / samedi 16h - 19h) contact@theatredubeauvaisis.com

Voir l'adresse : Place Georges Brassens

Plus d'informations sur ce spectacle : www.theatredubeauvaisis.com

11 décembre 2008

Test de Lecture

Télécharger le lecteur QuickTime (gratuit) ici

20 novembre 2008

Présentation de "Contretemps"



Présentation de "Contretemps", roman de Bernardo Toro à l'Ambassade du Chili en France, "Contretemps", l'exil chilien.

22 septembre 2008


La question de l'exil dans le roman Contretemps


Le 17 octobre à 14h

IUTAB

Amphi Bunuel

52, boulevard Saint André

60000 Beauvais

21 septembre 2008

Cité nationale de l'histoire de l'immigration

Samedi 18 octobre à 14h30
Influences des artistes latino-américains dans le monde littéraire français
Table ronde animée par Anne-Marie Métailié, éditrice

Jusque dans les années soixante-dix, bien que réduite, la présence d'artistes ou d'intellectuels latino-américains en France marque le paysage littéraire par la portée symbolique des échanges qu'elle a suscités. Cette rencontre évoquera les influences réciproques qu'ont exercées les représentants du monde littéraire français et latino-américains, à travers les trajectoires de ces migrants venus en France rencontrer les figures intellectuelles marquantes de l'époque ou dans le cadre d'un exil politique ou plus durable.

Intervenants
Bernardo Toro, écrivain d'origine chilienne, directeur de la revue Rue Saint Ambroise
Carmen Castillo, écrivaine et réalisatrice d'origine chilienne (sous réserve)
Ramon Chao, écrivain d'origine espagnole, ancien chef du service Amérique latin de RFI
Alicia Dujovne-Ortiz, écrivain d'origine argentine, journaliste, poétesse, romancière
Edouardo Manet, écrivain et réalisateur français d'origine cubaine
Karla Suarez, écrivain d'origine cubaine, auteur notamment de Tropique des Silences


Cité nationale d'histoire de l'immigration
Auditorium
Palais de la Porte Dorée
293, avenue Daumesnil - 75012 Paris

Places limitées - réservation conseillée par email auprès de karima.dekiouk@histoire-immigration.fr

22 juin 2008

La revue Rue Saint Ambroise nouvelle est arrivée !


Compte rendu de la parution.

Dans le parc de Bercy dans le 12e arrondissement de Paris, entre le palais omnisports de Paris-Bercy et le centre Bercy Village, face à l'ancien American Center de l'architecte Frank O.Gehry qui abrite désormais la Cinémathèque française, fut lancé le numéro 21 de la revue Rue Saint Ambroise.

Dans ce cadre bucolique et malgré les nuages qui s’amoncelaient menaçants dans un ciel chargé d’orage un pique-nique a réuni une cinquantaine de participants. Le directeur de la revue, Bernardo Toro, a ouvert la soirée. Après une brève présentation du numéro, un toast fut porté aux auteurs et à la longévité de la revue.

Ensuite s’est déroulé la lecture publique des nouvelles publiées dans le numéro. Malgré la perte de son due à l’espace ouvert, l’attention des auditeurs n’a pas faibli et les lecteurs furent récompensés par des applaudissements prolongés.


Le numéro de l’été 2008 publie des textes de Lionel Bénard (Loin de l’hiver), Virgile Larpenteur (Couverture chauffante), Léna Ellka (Remugles), Ian Wambrechtein (Une bien belle partie), Dominique Raze (Sur la route), Isabelle Renaud (La poupée), Michèle Baczynsky (Jack), Juan Carlos Méndez Guédez (Cinquième étage à droite), Chris Simon (Voyage dans l’inconnu), Iris Baty (De l’art de se mettre en ménage), Danielle Lambert (Dimanche rien), Julien Thèves, (Tenerife), Jorge Edwards (L’ombre de Huelquiñur)

La nuit est tombée et la soirée s’est finie sous la lumière des lampadaires. Les convives sont partis avec la revue sous le bras en pensant aux lectures des vacances qui approchent avec l’agréable sensation d’avoir participé à la dernière Garden-party du printemps !

Revue Rue Saint Ambroise N° 21

  • Directeur : Bernardo Toro
  • Auteur(s) : Collectif
  • Collection : Rue Saint Ambroise
  • Genre : Revue de création littéraire
  • Présentation : Broché
  • Prix 10€
  • ISBN 978-2-915-87940-7

08 janvier 2008

Invitation au François Coppée

24 octobre 2007


Médiathèque Villeneuve d'Ascq

Le samedi 20 octobre à 16h30, rencontre avec l'écrivain chilien Bernardo Toro

Animée par Norah Dei Cas (professeur à l'université de Lille 3)

et organisée dans le cadre de Lire en fête

en collaboration avec le festival littéraire Belles Latinas et l'association Colores latinos.



22 octobre 2007


Librairie V.O.

36, rue de Tournai Lille

Vendredi 19 octobre 2007

18h30 à 20h30
: Lire en fête et la nuit du livre

Rencontre bilingue français/espagnol avec
Bernardo Toro et Sergio Gonzalez
dans le cadre des « Belles Latinas » à Lille

En partenariat avec l’Université Lille 3 et l’association Colores Latino Americanos


12 juillet 2007

Etranger partout

Si nous classons les hommes en trois catégories : ceux qui se sentent étrangers loin de chez eux, ceux qui se sentent étrangers chez eux et ceux qui se sentent étrangers partout, il faudrait classer les exilés dans cette troisième catégorie, des trois la plus inconfortable. Etre perçu comme « autre » partout où l’on va, est, en effet, une expérience que nombre d’exilés font ou ont fait, surtout lorsque après un long exil ils retournent dans un pays qu’ils ne reconnaissent plus comme étant le leur et où ils sont accueillis comme des étrangers.

La souffrance et le rejet en sont les réactions les plus immédiates, mais il se peut qu’au-delà de cette commotion initiale, les notions de « chez soi », et par conséquent d’ « étranger » perdent leur sens habituel pour en prendre un autre infiniment plus complexe. Pour le sujet ce sens nouveau est souvent difficile à formuler, car il comprend l’ensemble de son parcours sans forcément déboucher sur une idée qui le résume.

C’est probablement là que la littérature a un rôle à jouer. En retraçant l’expérience d’un ou plusieurs exilés, le roman peut parvenir à nous donner une idée de cette absence radicale de chez soi qui caractérise l’exil.

Contretemps est le fruit de cette expérience. D’abord à titre individuel car ce livre a été écrit à un moment de ma vie où il me devenait urgent de savoir qui j’étais. Ensuite à titre collectif, dans la mesure où je savais que la réponse passait forcément par le cataclysme qui représenta pour nous, Chiliens, le coup d’état de 1973. Un cataclysme qui toucha au moins trois générations, la dernière étant née après le putsch.

Quand on passe des idées à la littérature, on s’aperçoit qu’il n’y a pas eu d’exil, mais des exils, très différents les uns des autres. C’est seulement lorsqu’on creuse très profondément l’expérience d’un exil particulier que l’on peut déceler ce que tous les exilés partagent, mais seulement en profondeur, au bout d’un travail de forage.

Contretemps n’est pas la transcription de mon expérience d’exilé, mais la construction imaginaire qui m’a permis d'aller au plus profond de cette expérience. Une œuvre d’imagination dont le dispositif est relativement simple, celui d’une opposition qui au cours du temps va s’inverser.

Un jeune homme quitte son pays et rencontre à Paris une femme exilée politique qui, mal à l’aise en France, vit repliée sur son passé. Alors que l’un veut à tout prix oublier son pays et le drame qui s'y déroule, l’autre n’a que ses souvenirs pour survivre et recréer ce qu’elle a perdu, sa patrie lointaine. Si l’un, le narrateur, représente l’oubli, l’autre, Laura, incarne la mémoire. Ce rapport devant paradoxalement s’inverser.

L’ensemble du livre peut donc se lire comme le passage de l’oubli à la mémoire. Quelqu’un qui cherche à tout prix à oublier se verra obligé, non seulement à se souvenir, mais en plus à raconter par écrit son expérience, le résultat étant le livre que le lecteur a entre les mains.

Le passage du silence à la parole n’est pas ici le fruit d’une prise de conscience politique ou morale, mais la conséquence inattendue d’une relation sentimentale, celle que le jeune homme entretient avec Laura. Si cette relation est complexe, difficile, ambiguë, cela ne tient pas uniquement à leur différence d’âge ou à des ressorts purement psychologiques, Laura représente pour le narrateur ce qu’il veut fuir. A travers elle, il rencontre non seulement l’amour, mais aussi le retour du refoulé, le rapport contradictoire qu’il entretient avec son pays, avec son histoire, ou plus précisément ce qu’il y a de fascination dans son dégoût, d’attirance dans son refus, et surtout d’impossible dans sa volonté de recommencer une nouvelle vie. Il n’y a pas de frontière entre l’ancienne et la nouvelle vie, pas plus qu’entre Paris et Santiago. Le corps de Laura est cet espace indistinct où il se perd et se retrouve tour à tour.

Ces deux expériences qui, comme le titre l’indique, se déroulent à contretemps, vont pourtant déboucher sur un même constat, celui de l’étrangéité radicale. Laura l’assume en ouvrant un restaurant français à Santiago, le narrateur en écrivant son roman en français. A la fin du livre, les deux personnages se retrouveront liés par cela même qui les sépare, le sentiment d’être étrangers partout.

21 juin 2007

Contretemps au Festival Traits d’Union


Le samedi 23 juin à 15h, l’écrivain chilien Bernardo Toro présentera son ouvrage Contretemps et animera un débat sur la littérature et l’exil avec la participation de Milagros Ezquerro, Ana Vásquez, Alejandro Núñez et Eduardo Olivares.

Festival Traits d’Union : Samedi 23 juin de 15 à 21h. Dimanche 24 juin de 10 à 21h. Villa Mais d’Ici. 77 rue des Cités. Aubervilliers. M° Aubervilliers - Pantin 4 Chemins

10 mai 2007

Rencontre "Ecrire le Chili" à la Maison de l'Amérique latine

Dans le cadre du 3ème Salon du livre d’Amérique latine qui se déroule à la Maison de l’Amérique latine 217 bd Saint-Germain à Paris, le journaliste Vincent Lemerre de France Culture interviewe l’écrivain Bernardo Toro au sujet du thème « Ecrire le Chili »

Bernardo Toro

[Cliquez sur la photo pour agrandir l'image]

Le journaliste Vincent Lemerre de France Culture et Bernardo Toro à la Maison de l'Amérique latine


Jorge Edwards s'est joint à la rencontre

27 avril 2007

Salon du livre de l'Amérique latine

Jeudi 10 mai à 16 h
Ecrire le Chili

Rencontre avec Jorge Edwards (Le bon à rien de la famille, Serpent à plumes) et Bernardo Toro (Contretemps, Les Petits matins).
Médiateur : Vincent Lemerre (France Culture)




21 mars 2007

Signature au Salon du Livre


Bernardo Toro sera présent au Salon du Livre le samedi 24 mars à 11h pour signer son roman Contretemps
( stand Les Petits matins C 38 )


Salon du Livre de Paris

23 au 27 mars 2007
Porte de Versailles, Hall 1

23 février 2007

Rencontre à Toulouse



El rincon chilien et
les éditions Les Petits matins
vous invitent à rencontrer

Bernardo Toro

à l'occasion de la parution de son roman
Contretemps
le dimanche 4 mars à 19h


à El rincon chilien
24, rue Réclusane
Métro St-Cyprien République
31000 Toulouse
Tel : 05 61 42 09 33

Un adolescent de dix-sept ans quitte le Chili de Pinochet pour recommencer une nouvelle vie en France. Seul, sans ressources, il retrouve un jour Laura, la femme d'un dirigeant d'extrême gauche. Une relation se noue entre ces deux personnages que tout oppose : elle, repliée sur ses souvenirs dans un pays qu'elle n'a pas choisi ; lui, pressé de tirer un trait sur son passé.

Pour en savoir plus, consultez : Contretemps

Rencontre à Albi

[Cliquez sur la photo pour agrandir l'image]

La libraire Librairie Guillot et l'Association Pattes de Mouche
vous invitent à rencontrer Bernardo Toro
à l'occasion de la publication de

Contretemps
Le roman de l'exil chilien

Le samedi 3 mars à 18h30

Libraire Guillot
21 Lices Georges Pompidou
81000, Albi

La rencontre sera suivie d'un apéritif chilien
Pour en savoir plus, consultez : Contretemps

18 février 2007

Bernardo Toro à Montpellier

[Cliquez sur l'image pour l'agrandir]


Café Bermouda-Clafoutis
Triangle Bas à Montpellier

Le vendredi 2 mars à 18h30

La libraire Sauramps et l'Association Mistral
vous invitent à rencontrer Bernardo Toro
à l'occasion de la publication de
Contretemps
Le roman de l'exil chilien


Contact : 06 85 02 75 13

Pour en savoir plus, consultez : Contretemps

08 février 2007

Bernardo Toro


Entretien avec Caroline Verdier


Caroline Verdier : Même si l’action se situe bien des années plus tard, le moment inaugural de Contretemps semble être le coup d’état de 1973. C’est à ce moment-là que la vie des personnages bascule.

Bernardo Toro : Le coup d’état au Chili a été un séisme effroyable dont l’onde de choc a touché au moins trois générations. Même si je n’avais que neuf ans au moment du puscht, j’ai vu autour de moi le monde s’effondrer, d’abord brutalement, puis lentement et de manière insidieuse. De ce jeu de massacre personne n’est sorti indemne. Personnellement, j’en garde une méfiance irrépressible à l’égard du pouvoir, ainsi qu’un désir permanent de clandestinité, comme si toute participation à la vie sociale « officielle » était une forme de compromission. Que ce sentiment soit absurde ne change rien à l’affaire. La violence du coup d’état a eu aussi des effets de dévoilement, c’est-à-dire de vérité. Je ne suis pas loin de souscrire à la thèse de Freud qui prétendait que la société était le fait d’un crime commis en commun. Ce crime nous l’avons vu, il s’est déroulé sous nos yeux. Les faits sont là, à présent nous les connaissons, mais savons-nous comment ont-ils été subjectivement vécus ? C’est là que la littérature a un rôle à jouer. Fait politique, la dictature est devenue un fait social, familial, individuel, il n’est pas de domaine qui ait échappé à son pouvoir. Loin du cloisonnement que la rationalité impose à l’expérience, le roman capte la vie dans son ensemble, c’est-à-dire dans son hétérogénéité. Politique, sentiments, économie, conflits familiaux, dans la vision subjective tout est inextricablement imbriqué. L’impudeur de la littérature tient moins aux secrets qu’elle révèle qu’aux cloisons qu’elle abat, la réalité semble tout à coup si étrange, si méconnaissable dès qu’elle racontée à partir de la conscience d’un sujet. Toutes les bibliothèques du monde ne sauraient épuiser la richesse d’une seule de nos journées, même si certains livres peuvent nous faire sentir, par instants, cette complexité. C’est ce que j’ai essayé de faire : donner un aperçu de ce que le coup d’état a été pour beaucoup d’entre nous.

Mais votre roman porte surtout sur l’exil.

Oui, il porte sur l’exil et il est porté par lui, en ce sens qu’il est écrit dans une langue d’adoption. D’ailleurs je ne suis pas sûr qu’on puisse parler d’exil au singulier…

Justement Contretemps met en scène deux personnages dont le rapport à l’exil est totalement opposé. L’un, le narrateur, veut à tout prix s’intégrer à la société française, tandis que l’autre, Laura, s’y refuse. Ce n’est pas simplement une question d’âge…

L’âge y est pour beaucoup, le fait que l’exil ait été choisi ou subi aussi. Mais l’assimilation n’est pas le seul but, à l’opposé on retrouve ce qu’on pourrait appeler le « fantasme de l’étranger ». Laura vit en étrangère en France, la narrateur veut rester étranger à la communauté des exilés. Chacun se veut l’étranger de l’autre. Dans ce refus d’appartenance il y a un rêve d’indépendance, d’irresponsabilité, d’autonomie, qu’il soit accompagné de l’idéalisation d’un ailleurs ou pas. Les exilés qui de retour au Chili se voulaient étrangers aux maux qui secouaient la société chilienne témoignent assez bien de ce processus. Mais à mes yeux, celui qui incarne le mieux ce fantasme d’extériorité absolue est l’écrivain. Même lorsque son récit est autobiographique, l’auteur en lui aura toujours l’impression de surplomber la scène. La mise en abîme du récit à la fin de Contretemps tend à dévoiler ce fantasme. Quand le narrateur ramasse le manuscrit qu’il n’a pas donné à lire à Laura, il découvre subitement que son livre n’est pas seulement le témoignage de son expérience, mais son symptôme aussi. Comme Laura, ouvrant à Santiago un bistrot français, pays qu’elle n’était pas loin de détester, le narrateur a écrit Contretemps pour rentabiliser une expérience somme toute assez négative. On n’échappe pas au symptôme, l’exil est avant tout une expérience de dédoublement, de division.

Parlons un peu du titre. Les personnages du roman semblent toujours à contretemps, notamment en ce qui concerne la mémoire. L’un veut oublier quand l’autre tente de se souvenir et inversement. Comment fonctionne ce chassé-croisé entre mémoire et oubli ?

Les rapports entre mémoire et oubli sont trop souvent appréhendés en termes moraux, on parle alors de devoir de mémoire avec tout ce que cela comporte de culpabilité. Nous savons qu’il en va tout autrement, ne serait-ce que parce que la mémoire a une dimension traumatique et l’oubli un effet réparateur. En réalité chaque personne et chaque génération a sa stratégie, laquelle d’ailleurs est vouée à changer au cours du temps. Ce qui est transmis ou omis en termes de mémoire d’une génération à l’autre, voilà ce qui devrait nous faire réfléchir. Comme beaucoup de jeunes de sa génération, lorsque le narrateur quitte le Chili, il ne veut plus entendre parler de politique . Or une fois en France l’étrange silence des exilés sur ce chapitre le pousse à y revenir. Pourquoi ce silence ? Que cache-t-il ? La parole de Laura répond à cette attente. Il s’agit d’une parole transgressive, d’une parole de femme dans un milieu où les valeurs idéologiques sont portées par les hommes. Cette levée du secret aura des effets angoissants, mais aussi érotiques sur le narrateur.

Est-ce la raison pour laquelle, "le silence se trouve au départ" de cette histoire ?

D’une manière générale, l’histoire du roman est encadrée par deux grands silences parfaitement repérables historiquement : début 80 et fin 90. C’est contre eux que le roman se débat, grâce à eux qu’il a été écrit. Le premier silence correspond à l’effondrement des idéaux révolutionnaires dont le moment culminant sera la chute du mur de Berlin, quant au deuxième, il survient au moment où la gauche va devoir souscrire au projet ultra-libéral hérité de Pinochet. C’est la fin du livre, un moment social très dur, Laura et les autres retornados savent qu’ils n’ont pas le choix, ils doivent chercher à s’intégrer au système et tirer un trait sur le passé. Il s’agit d’un pacte de silence féroce qui porte sur le parcours de toute une génération. Comment sommes-nous passés de la société progressiste et libertaire des années 70 à la société d’aujourd’hui ? Quiconque essaie de raconter cette histoire sent aussitôt le poids du silence, il est énorme et traversé de part en part par une dictature sanglante qui nous a appris à nous taire.

31 janvier 2007

Soirée à la librairie Le Merle Moqueur

13 janvier 2007

Le Merle moqueur vous invite à rencontrer Bernardo Toro

Invitation

Jeudi 25 janvier 2007 à 20h
51, rue de Bagnolet - Paris 20e - Métro : Alexandre Dumas

Le Merle moqueur et les éditions Les Petis Matins vous invitent à rencontrer Bernardo Toro à l'occasion de la publication de Contretemps


Au début des années 1980, un garçon de dix-sept ans quitte le Chili de Pinochet pour commencer une nouvelle vie à Paris. Seul, sans ressources, il retrouve un jour Laura, la femme d'un dirigeant d'extrême-gauche que ses parents ont hébergée. Une relation se noue entre ces deux personnages que tout oppose, l'histoire de deux générations de chiliens.


07 janvier 2007

Barcarolle de Pablo Neruda


Si seulement tu touchais mon cœur,
si seulement tu posais ta bouche sur mon cœur,
ta bouche fine, tes dents,
si, telle une flèche rouge, tu posais ta langue
là où mon cœur poussiéreux martèle,
si tu soufflais dans mon cœur, près de la mer, en pleurs,
on entendrait un bruit sombre, un roulement de train engourdi,
un froissement d’eaux troubles,
comme l’automne en feuilles,
comme le sang,
une explosion de flammes humides embrasant le ciel,
le rêve d’un rêve, hanté de branches ou de pluies,
ou de sirènes de port en deuil,
si tu soufflais dans mon cœur près de la mer,
comme un fantôme livide,
au bord des vagues,
à la croisée des vents,
comme un fantôme déchaîné, près de la mer, en pleurs,
comme une absence prolongée ou un tintement subit.
Sous le cœur, c’est la mer qui bat,
lorsqu’il pleut, sur la côte dépeuplée, à la tombée du jour :
la nuit tombe sans doute,
et son bleu sinistre d’étendard
se troue de planètes éraillées.

Traduction Bernardo Toro

04 janvier 2007

«Contretemps» dans l'Humanité






Paru dans l'Humanité, édition du 4 août 2006.

Bonnes feuilles
Contretemps
(Extraits) Je me souviens de sa voix...

Rubrique Cultures

18 décembre 2006

"Contretemps" à la Librairie Espagnole

[Cliquez sur la photo pour agrandir l'image]

Dans une ambiance très chaleureuse s’est déroulée à paris, à la librairie espagnole, la présentation du roman contretemps, de l’écrivain chilien bernardo toro.

L’auteur présenta ce premier ouvrage -qui traite du thème complexe de l’exil chilien en France- à un public venu en nombre et très enthousiaste, composé pour la plupart des responsables du monde de l’édition, ainsi que des universitaires, des chercheurs et d’amateurs des lettres latines.

[Cliquez dans Galerie pour voir les images de la soirée ]

04 décembre 2006

Chili : Rencontre dégustation du vin


La librairie espagnole
et les éditions Les Petits matins
vous invitent à rencontrer
Bernardo Toro
à l'occasion de la parution de son roman Contretemps

le jeudi 14 décembre à partir de 18h

Afin de découvrir les saveurs du pays, vous pourrez déguster une sélection de vins chiliens Falernia (élu meilleur vin chilien de l'année 2005)

Chacun a entendu parler du coup d’état sanglant de Pinochet et des vagues de réfugiés qui ont flué sur l’Europe fuyant l’une des dictatures les plus atroces du XXe siècle. Plus de trente ans se sont écoulés depuis. Le monde a beaucoup changé, le Chili aussi. Entre les rêves révolutionnaires d’hier et le pragmatisme libéral d’aujourd’hui, un tournant a eu lieu que les protagonistes ont tu.

Librairie espagnole 7, rue Littré Paris 6e Métro : Montparnasse

29 novembre 2006

Soirée à la Librairie L'Arbre à Lettres


Soirée à la Librairie L'Arbre à Lettres

[Cliquez dans Photos de Ivan Kraljevic pour voir les images ]


25 novembre 2006

Le Marché de Noël

24 novembre 2006

Lu et conseillé par la Librairie L'Arbre à Lettres



13 novembre 2006

29 octobre 2006

Conférence à La Sorbonne

L'écrivain Bernardo Toro, Mme Milagros Ezquerro, Professeur et directrice de recherches à l'Université de la Sorbonne et l'écrivain mexicain M. Bernardo Fernández, intervenants du séminaire.


Bernardo Toro était l’invité fin octobre du séminaire Amérique Latine, organisé à l’amphithéâtre Descartes de l’université de la Sorbonne, sur le thème «Littérature et violence». à cette occasion, il a développé quelques réflexions autour de la violence politique et la censure, qu’il avait abordées dans son roman «Contretemps».

Chez Radio France Internationale (RFI).

El "Contratiempo" de Bernardo Toro

El escritor chileno Bernardo TonoFoto: ©RFI/Jordi Batallé
L'écrivain chilien Bernardo Toro
(Foto: ©RFI/Jordi Batallé)

L’éditorial français “Les petits matins” vient de publier “Contretemps”, roman de l’écrivain chilien Bernardo Toro, qui aborde le long de ses trois cent pages l’exil chilien à Paris, sans fausses complaisances, tout en décrivant la vie parfois cruelle dans la capitale française. Ville dans laquelle, au début des années quatre vingts, beaucoup de chiliens, contraints à accepter n’importe quel travail, survivaient dans des chambres de bonne étroites, ou dans des banlieues éloignées.

Le récit se déroule à travers le prisme d’un jeune chilien, qui n’a pas subi la dictature dans sa chair, mais que l’irrespirable atmosphère du Chili de Pinochet pousse vers la capitale française. Ce roman, écrit en français, est en quelque sorte une conséquence inespérée de cette diaspora chilienne qui, dans les années soixante dix, avait découvert les atrocités commises par la dictature par le biais d’un rapport rédigé en anglais par Amnistie International.

18 octobre 2006

Le héros ordinaire

«Si j’avais voulu gagner la sympathie du lecteur, c’est sous cette lumière que j’aurais dû peindre Laura: une femme condamnée à l’exil par un pouvoir infâme, frappée par la maladie, puis par l’incompréhension des hommes; une femme se battant seule, luttant âprement pour sa survie; une femme forte et vulnérable; un être humain en somme, avec ses grandeurs et ses misères, ses éclats et ses zones d’ombre — importantes, les ombres : elles rendent le portrait plus nuancé, plus touchant. En un mot comme en mille, j’aurais dû faire de Laura ce que chacun croit ou veut être, quels que soient sa vie et les obstacles à affronter.

Je disposais pourtant de l’héroïne et du cadre idoines : dictature, amour, maladie, adultère, quelques grains de folie! La Grande Histoire croisant un destin individuel! C’est à se demander quelle acrimonie m’avait poussé à souiller de ma boue un portrait si saisissant... Etait-ce un tardif règlement de comptes ? De la jalousie ? Ou alors le cap de la trentaine, si difficile à passer ? Laura l’avait écrit d’ailleurs: j’avais la tête trop dans les nuages... J’étais incapable de saisir la beauté des gens simples, le courage de ceux qui ont véritablement souffert...

Entre la main qui trace et l’œil qui surveille, j’entendais parfois les remontrances, les dissuasions, les conseils amicaux: «Borne-toi à raconter les faits, ne lâche pas ton personnage d’un poil ! Tu as une bonne histoire, mais ne la gâche pas en ouvrant des parenthèses que tu seras incapable de fermer ! Tes états d’âme, tes élucubrations, ton baratin métaphysique, tout le monde s’en fout royalement ! Sois simple, sois clair, raconte les faits, rien que les faits !» Et pourtant, si j’avais à dire quelque chose qui justifie que je tienne la plume, ce n’était ni ce témoignage, ni mon affection pour Laura, mais la récusation de cette romance écœurante : l’idéologie du héros ordinaire.

L’héroïsme est notre nourriture, le baume apaisant d’une société sans issue. Sous prétexte de nous révéler la beauté des êtres simples, les romans sont les gardiens de ce temple. Leur fonction est moins de témoigner que de faire oublier: la personne que nous sommes, l’étroitesse du rôle que nous avons à jouer. Il n’y a de héros que dans la tête des gens, il n’y a de héros que parce que de nos actes nous ne révélons jamais les mobiles souterrains.

Il n’y a jamais eu d’héroïsme dans la vie de Laura, pas plus que dans la mienne, pas plus que dans le sacrifice du meilleur d’entre nous. Chez Laura, la contrainte avait attisé le courage, le courage avait endurci le cœur, elle avait livré un combat impitoyable, mais, comme à chaque fois que deux intérêts s’affrontent — celui de l’ensemble, celui de l’individu —, le combat avait été aussi lamentable qu’inévitable, aussi aveugle que brutal. Seule sa dualité virant au cynisme lui avait permis de faire tenir ensemble : volonté, cœur et raison.

Il n’y a pas de héros car chacun de nous poursuit — sans fatalisme mais rigoureusement — une mission qui finit par nous imposer sa loi. On décline ses opinions, ses convictions, ses idées, on s’en remet à ses désirs, à ses objectifs, à ce cœur qui bat et s’agite et que l’on croit encore intact malgré toutes les concessions, les faits prouvent — mais oui, les faits ! — que chacun interprète un rôle imaginé pour lui de toutes pièces, où qu’il aille le livret le poursuit. Il y a le rôle de la femme libre, la mission du révolutionnaire, celle de l’écrivain muré dans sa page, celle de la bonne mère de famille, et même, un cran au-dessus, la mission de celui qui se croit plus malin que les autres, et dont la vie se résume à une irrésolution réfléchie...

Jouer un rôle, nous voir le remplir... Plus nous excellons dans notre rôle, plus notre déguisement nous ravit. A la fin vient le moment où nous ne jouons même plus. Costume et peau se confondent : jouer est devenu agir. Le temps a taillé pour nous notre livrée, le jeu est devenu plus facile... Jouer un rôle, nous voir le remplir... Exagérer même afin de nous persuader qu’aucun costume n’était le nôtre, qu’il nous fallait choisir.

Choisir. La vie entière se passe à choisir. On hésite, on se trompe, on salit plusieurs costumes, on adopte le moins pire. Notre rôle est à peine fini que d’autres nous l’arrachent et l’endossent. Leur enthousiasme nous fait pâlir.

Ce sont les rôles qui comptent, ce sont eux qui vivent. Des acteurs, on fait fi.»

(Extrait de Contretemps)

14 octobre 2006

SOIREE A L'AMBASSADE

Bernardo Toro et Mme Pilar Armanet,
ambassadrice du Chili en France

Le mercredi 11 octobre 2006, l’Ambassade du Chili et les éditions Les Petits matins ont organisé la présentation du roman «Contretemps», du jeune écrivain Bernardo Toro, en présence de S. Exc. Mme Pilar Armanet, ambassadrice du Chili en France, de Mr Raúl Fernández, chef de chancellerie, ainsi que plusieurs invités du monde de l’édition, journalistes, écrivains, universitaires et personnalités. Un très nombreux public a assisté aussi au lancement du livre, dans le cadre somptueux de l’Hôtel particulier habité autrefois par Pablo Neruda.

La présentation de ce roman sur l’exil dans ce lieu avait une portée très symbolique. En effet, c’est l’exil chilien qui s’invite dans les murs de la représentation chilienne à Paris, un site qui leur fut longtemps fermé et hostile. L’événement contribue aussi au rapprochement entre le Chili de l’intérieur et le Chili de l’exil.

Mr Roland Husson, écrivain et ancien diplomate, attaché culturel Français à Santiago en 1973 - auteur notamment de l’ouvrage «nous avons mal au chili» - a ouvert la soirée par la présentation du livre. M. Husson a relevé quelques influences de la littérature française sur «contretemps» et le fait même qu’il soit écrit en français. En effet, de par son histoire récente et surtout du fait de l’exil, une partie des lettres chiliennes est écrite aujourd’hui dans d’autres langues.

Les comédiens Diane Dassigny et Aurélien Rondeau ont proposé une lecture de quelques extraits du roman, mise en scène par Astrid Sylvain. L’auteur a ensuite pris la parole pour faire des chaleureux remerciements, entre autres à l’association araucaria, qui l’a accompagné dans l’aventure de son premier livre et a œuvré aussi efficacement pour la réussite de la soirée. Bernardo Toro a assuré ensuite une séance de dédicaces, et son oeuvre a trouvé un excellent accueil auprès du public.

Lors du cocktail qui a clôt la présentation, plus de deux cents convives ont pu déguster les vins chiliens, des empanadas et des petits fours chiliens, dans une ambiance chaleureuse et conviviale. Les invités sont partis avec le livre sous le bras, non sans une certaine fierté de se l’être procuré en avant-première.

SOIREE A L'AMBASSADE [Cliquez dans Photos de Henri Muñoz pour voir les images ]

13 octobre 2006

Parution de "Contretemps"

Nous avons le plaisir de vous annoncer la parution, le 13 octobre 2006, du roman Contretemps de Bernardo Toro. Ce roman retrace la vie de l’exil chilien en France depuis la répression militaire qui en est la cause jusqu’au retour des exilés dans le Chili ultra-libéral des années 90. Il s’agit à n’en pas douter d’un ouvrage qui fera date tant par la force de sa narration que par la polémique qu’il ne manquera de susciter. A travers la relation amoureuse qui lie le narrateur à Laura, la femme d’un dirigeant d’extrême gauche et personnage central du livre, deux générations se font face : celle des victimes directes de la dictature et celle des exilés volontaires . Ce livre, écrit directement en français comme si l’espagnol avait besoin du filtre d’une autre langue, nous raconte l’expérience intime et souvent difficile de nombre d’exilés.Contretemps, roman de Bernardo Toro. Les petits matins, Paris, 13 octobre 2006.

Ecoutez l'interview de Radio Zinzine

Radio Zinzine : une radio libre...

Radio Zinzine est une radio libre, implantée à proximité de la petite ville de Forcalquier, dans les Alpes de Haute-Provence (France). Créée en 1981, elle émet 24h/24, 365 jours par an, couvre totalement deux départements, les Alpes de Haute-Provence et les Hautes-Alpes et partiellement les Bouches du Rhône, le Var et le Vaucluse, et est animée par des bénévoles.

Les émissions principales sont les infos (deux fois une heure par jour en direct) rediffusées la nuit et le matin, des magazines réguliers sur des sujets très variés tels que science et société, Afrique, institutions européennes, vie rurale et agriculture, vie associative et annonces régionales; certaines des émissions mensuelles sont produites en collaboration avec des grands journaux français (Dossiers Internationaux avec le Monde Diplomatique, par exemple). La plupart de ces émissions sont rediffusées, sous forme de cassettes, par une quarantaine de radios francophones en France, Belgique et Suisse.

11 octobre 2006

Invitation

01 octobre 2006

Latinoamerica


22 septembre 2006

Espaces Latinos

La revue Espaces Latinos et l’Espace culturel latino-américain (ECLA) de Lyon organisent dans le cadre de "Lire en Fête" et de "La nuit des libraires", la cinquième édition du festival littéraire Belles Latinas.
Du lundi 9 au mercredi 18 octobre 2006, ces journées de rencontres littéraires rassembleront une quinzaine d’écrivains venus d’Amérique latine.

La manifestation se déroulera dans la région Rhône-Alpes, ainsi que dans les régions Ile-de-France, Provence-Alpes-Côte-d’Azur et dans les villes de Poitiers, Bordeaux, Besançon, Toulouse, Vichy et Le Mans.

11 septembre 2006

11 Septembre


Santiago du Chili, 11 septembre 1973. Avec la complicité des Etats-Unis, coup d’Etat du général Pinochet contre le socialiste Salvador Allende, et pilonnage du palais présidentiel par les forces aériennes. Des dizaines de morts et le début d’un régime de terreur long de quinze ans...+

07 septembre 2006

Laura écrit... (Extrait de Contretemps)

Quelques jours plus tard, je reçus une carte postale de Barcelone :
« Pardon pour mon griffonnage et pour être partie sans te prévenir. Je suis dans un café, il est six heures et demie du matin, il commence à faire jour, mais je n’ai pas sommeil, toujours pas. Depuis que je suis partie j’ai rencontré pas mal de gens : des artistes ! On passe la nuit à faire la ronde des bars ! »
Puis sur une serviette pliée :
« Face à moi il y a une chaise, plus à l’écart qu’en face. Quand je suis arrivée tout à l’heure elle m’a rendue heureuse. J’avais envie de la caresser, trop de tendresse. Chaise de bois, plus elle est vide mieux elle se remplit. Mais à force ça m’a rendue toute triste. Bien sûr, je me disais, pas de place. Toutes les vies et toutes les chaises sont prises, et je suis la dernière à vouloir empiéter... Et pourtant, j’y pensais, j’y pense encore. Rien entre nous ne correspond à aucun temps, à aucun lieu. Jamais une entrée dans telle chambre, à telle heure, mais plutôt une sortie de tout, un retour discret à soi-même.
Toutes ces années je n’ai fait que survivre. Survivre, c’est déjà colossal. Parfois il m’arrive de me poser la question : moi, ceci ? NON, ce n’est pas moi. Mais alors quand ? Où ? Plus tard ? Il m’arrive de ne plus y croire. Mais heureusement il y a toi, et je te vois, comme ce soir sur cette chaise, et il m’arrive de dire OUI, et je me le répète OUI, c’est bien moi. Et j’en suis si convaincue, si sûre de moi que j’ai peur. Un jour je t’ai parlé d’un poids. Ce soir, je le ressens, ce poids dans la poitrine, cette menace, cette promesse…
Et dire qu’à chaque fois je préfère te préserver. Et dire qu’en ce moment même je me demande si ces mots te troublent. Et je m’en veux. Je m’en veux d’être une femme, rien qu’une pauvre femme, avec tout ce puits affectif à combler. C’est qu’il y a des mots entre nous qui ne peuvent pas être dits, que même l’air entre nous ne souffre pas. Et c’est un danger ce silence, un aller-retour incessant, les aiguilles toujours à contretemps. Et je me dis qu’il serait temps de retourner les armes de la mémoire et de tirer avec, une fois pour toutes, sur tous les mots qui restent. Car elle a froid, la femme, tellement froid, l’âme et le sang glacés, quelle tristesse ! Fini le pessimisme ! Mais le danger reste entier. Car ta présence coule et pénètre par mes pores et les portes que j’ai laissées entrouvertes, que j’ai oublié de fermer. Il est trop tard. Les mots sont lancés, tu les écoutes, tu les comprends, mais ils me reviennent, jamais ouverts. Et tu restes là, sans bouger, les yeux ouverts, devant cette somnambule qui naît et qui meurt et qui espère.
Claridad del amanecer. Ce sont les minutes qui précèdent le jour. Les minutes irréelles, poignantes, absurdes qui précèdent le jour. Le soleil, pâle, trouve en surgissant des immeubles recroquevillés, des ruelles sans espace, des ombres sans mystère. J’ai l’impression que la ville entière se plie en frémissant, comme moi je me penche sur ce bout de serviette, craignant le jour qui m’attend, avec ce poids insupportable dans la poitrine et la cendre qui s’accumule dans ma bouche et que je vais dissoudre dans le dernier café.
Il fait tout à fait jour à présent. Je viens de commander un autre café. Je suis calme, aussi calme que si j’étais morte et pourtant je n’ai toujours pas sommeil.»

06 septembre 2006

Ecrire à la verticale

Notes sur l'écriture

Lorsqu’un homme à l’idée insensée de s’enfermer chez lui, d’ouvrir un cahier et de reprendre à la verticale tout ce qui brûle en lui ( pensées, espoirs, souvenirs ), l’existence de la littérature ne lui est d’aucun secours. Le voilà seul devant cette page que personne ne réclame et qu’il s’obstine à écrire. La solitude le tenaille, l’impuissance le guette. D’ailleurs, qu’à-t-il à dire qui n’ait pas déjà été dit ? A quoi bon ces pages, ces faux espoirs, ce temps perdu ? S’il parvient à lever les obstacles en cherchant à tirer quelque profit de ses écrits, il deviendra dans le meilleur des cas un homme de lettres, un littérateur. Mais si malgré l’absence évidente de but, il persiste, c’est sans doute que sa volonté n’y est pour rien. Un besoin inexplicable le pousse, il se doit de lui obéir. Ecrire à la verticale. Aucune activité n’entraîne une pression aussi permanente et involontaire. Aucune retraite méditative ne génère un bruit aussi assourdissant. Bourdonnement sans trêve, magma de mots brûlant sur place, mais sans destinataire apparent, dans une évidence opaque, frontale, continue. Arrivé au moment longtemps repoussé de poser la première lettre, on se rend compte que les mots ne retracent aucune expérience, rien n’a eu lieu qui n’ait lieu sur la page au moment où il écrit.

La littérature, sauf rares exceptions, est une activité horizontale d’exploration, une forme raffinée de divertissement. Rares sont les écrivains qui préfèrent le forage à l’évasion. Ecriture et littérature, souvent confondues, doivent ici être distingués. Alors que la littérature est une échappatoire, l’invention d’un espace ouvert à l’évasion, l’écriture est un assentiment quasi mystique à la pression des mots.

« J’attends qu’il y ait en moi une pression qui me pousse devant le papier, la plume à la main. La pression conduit à tout. Quand j’écris je veux avoir le sentiment de n’être plus moi-même en tant qu’individu, d’être en dehors de toute volonté, mais d’obéir à cette pression. » (Le chemin de Sion, Louis Calaferte)

L’engagement auprès de l’écriture est impersonnel, si nous entendons par «personne» le nœud de représentations autour duquel se noue le pacte social. Père, mère, fils, fille, ami, amie, vers quelque lieu que nous nous tournons, nous sommes pris dans un rôle. Un mot de trop et le lien est brisé. Notre parole est sous tutelle, y compris dans cet espace bruyant d’échos que nous appelons notre for intérieur.

En guise de liberté de parole, il ne nous reste que cette forme d’aphasie que l’on appelle l’opinion. Et on en use, on en abuse, on se rassemble sans cesse pour partager nos opinions. A la fin, cela fait un bruit assourdissant de chaînes. Qui songe à s’en détacher? Le jeu ne consiste-t-il pas plutôt à imposer notre opinion? Certains le croient, pas les écrivains. Les écrivains n’ont pas d’opinion. S’il leur arrive d’en avoir une en tant qu’hommes, ils en ont mille en tant qu’écrivains. C’est-à-dire aucune. Leur parole n’est figée autour d’aucune opinion.

Il y a du silence au fond de chaque écriture, une suspension gênante du régime de l’opinion, une absence gênante de personne en somme qui passe pour de l’immoralité. Qui est-il vraiment, l’écrivain? Que pense-t-il vraiment? Où veut-il en venir? Sa parole ne débouche sur aucune opinion.

Mort de la personne, naissance de l’écrivain. Mort de celui qui est né d’une mère dans la trame serrée du sexe, de la valeur et de la peur de la mort. Naissance de celui qui consent au mouvement impersonnel du verbe d’où tout provient : personnes, histoires et opinions. Mort et naissance donc, et, entre les deux, un reste, une cendre, quelque chose qui ne saurait mourir : le style. On n’échappe pas au style, on ne le cherche pas non plus. Le style n’est ni un ornement ni une griffe individuelle, mais ce qui reste d’une personne quand celle-ci disparaît. Plus sa disparition sera complète, plus son style sera «personnel». Si le style est la cendre, la personne en est le bois. Il faut que la personne brûle pour que la cendre retombe sur les mots. Mais qui veut d’une telle combustion? Qui consent à s’offrir en holocauste aux mots? Et d’abord, s’agit-il d’un choix ou d’une convocation? Beaucoup d’appelés, peu d’élus. Nous tenons trop à notre personne pour obéir à un appel aussi saugrenu.

Il y va de l’écriture comme de la parole du Seigneur. Celui qui l’entend ressent moins le privilège que l’écrasante obligation. Ainsi Moïse récriminant le Créateur : «Pourquoi m’as-tu choisi ? Choisis quelqu’un d’autre et efface-moi du livre que tu as écrit !» Effroi et refus, tous les «appelés» réagissent de la sorte et ce n’est pas un hasard si certains emploient la métaphore de la combustion. «Le Seigneur étendit sa main, toucha ma bouche, et me dit : Je mets présentement mes paroles dans votre bouche.» Jérémie en est si effrayé qu’il décide de se soustraire à sa vocation. «J’ai dit en moi-même, je ne nommerai plus le Seigneur, je ne parlerai plus en son nom. Et en même temps, il s’est allumé au fond de mon cœur un feu brûlant qui s’est renfermé dans mes os, et je suis tombé dans la langueur, n’en pouvant plus supporter la violence.» (Jér. XX,9).

La scène de l’écriture est, bien entendu, autrement plus triviale. Les heures, les mois, les années passent sans qu’aucun doigt ne nous signale. Tout nous est dissuasion. Le sentiment d’absurdité est parfois si aigu qu’il nous pousse à nous trahir. On cherche alors chez les autres ce qui nous manque pour « séduire ». Mais on ne veut pas séduire, on veut simplement faire entendre… Quoi ? Les mots nous manquent et pourtant nous le savons. Parvenus au comble du désespoir, une voix retentît. Est-ce la nôtre ? Le doute persiste, mais il ne va sans commotion. « Soudain, je me suis trouvé dans un état de dédoublement. Il me semblait que le texte m’était dicté. Hallucinant. Visionnaire. Tension pénible, éprouvante. Tout d’un coup les nerfs craquent. Plusieurs jours durant je suis ensuite sans pouvoir travailler.» (Le chemin de Sion, Louis Calaferte)

Louis Calaferte

Calaferte est alors en train d’écrire Septentrion, livre censuré pendant près de vingt ans où l’on peut lire des passages comme celui-ci : « Ce que je dis gicle de mes entrailles cancéreuses, autopsie du cadavre exsangue, ce que je dis Dieu me le souffle à mesure, cri et chant de détresse qui tiendrait en entier dans un crachat de vitriol… Dieu crache en permanence dans ma bouche profane et il sera ainsi jusqu’à la fin des temps. Nous nous embrassons tous deux, lèvres jointes, nos langues mélangées. Et je bois ta salive, ô doux Sauveur ! Nous nous tenons entrelacés comme un couple obscène, aux carrefours des impasses humaines. Toi et Moi. Nos corps en feu.»

Le monde, ses enjeux, ses personnages ne sont que des effets de langue, des cristallisations somme toute provisoires. Nous sommes en tant que personnes des participes passés en état de perpétuelle négation. Une goutte de vérité, un souffle du verbe et tout est détruit. L’écriture est cet agent destructeur, son but est moins de raconter le monde que d’en faire sentir l’inconsistance, le défaut de parole qui nous relie.

«Si un homme osait jamais traduire tout ce qui est dans son cœur, nous mettre sous le nez ce qui est vraiment son expérience, ce qui est vraiment sa vérité, je crois que le monde s’en irait en pièces, qu’il sauterait en mille morceaux, et aucun Dieu, aucun accident, aucune volonté ne pourraient jamais rassembler les miettes, les atomes, les éléments indestructibles qui ont servi à faire le monde.» (Tropique de Cancer, Henry Miller)

Le reste n’est que littérature, c’est à-dire une réponse parmi d’autres à la demande sociale. Le but inavoué de la littérature est et sera toujours de rassembler les morceaux. Même lorsqu’elle se veut subversive, surtout lorsqu’elle prétend choquer l’opinion générale. Une opinion chasse l’autre, ce qui était subversion devient règle. Il importe que tout se résume à une affaire d’opinion. Voilà pourquoi elle semble si ennuyeuse alors même qu’elle nous divertit. Son point de vue, ses personnages, sa temporalité, sa psychologie ne font que reproduire le système de références qui tient le monde rassemblé. En un mot, la littérature est le miroir où la société se regarde vivre, l’idée que la société se fait de ses individus, le mode d’emploi de nos vies, si ce n’est leur livret. Complice de la structure romanesque du monde, le littérateur ne s’aperçoit pas qu’il est en tant qu’auteur le personnage d’un roman qui s’est déjà écrit de lui-même. Inutile d’en ajouter un chapitre de plus, les bibliothèques croulent, la télévision en regorge, un témoignage chasse l’autre, c’est dire si notre société aime se laisser bercer par les histoires qu’elle se raconte, ad nauseam !

Bernardo Toro

09 août 2006

«Contretemps» dans Livres Hebdo





Lu dans Livres Hebdo N 652 du 30 juin 2006

08 août 2006

Patricio Manns sur «Contretemps»

Contretemps est une grande vague qui entraîne dans son sillage une foule de choses oubliées. Au moment de fermer le livre, nous entendons encore son fracas assourdissant, notre vie y explose et s’en va rejoindre le cours de l’histoire. Ce bruit ne nous quitte plus. Il est fait de la matière même de nos vies.
Si, comme l’affirme Paul Ricoeur, le propre des systèmes totalitaires est de détruire la capacité des communautés à écrire leur histoire, Contretemps nous apparaît comme une formidable reconquête de notre passé, une victoire sur l'autocensure, l’oubli et la culpabilité. Livre violent et sans concessions, Contretemps est aussi un pont imaginaire entre le Chili de l’exil et celui de l’intérieur, entre les rêves révolutionnaires des années 70 et le pragmatisme capitaliste des années 90.
Enfin et avant tout, Contretemps est un roman écrit dans une langue étrangère au sens que Proust prête à ces mots. « Les beaux livres, assure-t-il, sont écrits dans une sorte de langue étrangère. Sous chaque mot chacun de nous met son sens ou du moins son image qui est souvent un contresens. Mais dans les beaux livres tous les contresens qu’on fait sont beaux. » Les contresens de Contretemps viennent comme dans la musique, d’un déplacement de l'accent attendu. Une étrange langue captive le lecteur et l'accompagne le temps d'un périple long de trois cent soixante pages entre Paris et Santiago.
PATRICIO MANNS : Auteur, compositeur, écrivain chilien . Il à publié en France «Cavalier Seul», chez Phébus, «Quatre saisons en Patagonie» chez Gallimard. «VIOLETA PARRA La guitare indocile», chez Les Editions du CERF.



Sur « Contretemps »

Le Chili et sa mémoire





Saint-Simon, le célèbre mémorialiste de la cour de Louis XIV, voulait que ses écrits ne soient publiés que cinquante ans après sa mort. Cabales, intrigues, rancœurs, l’ensemble de passions humaines ne devaient résister, d’après lui, au passage de deux générations. Si le temps change en sable les rocs, à quoi réduit-il les conflits sociaux ?


Les conquêtes pour lesquelles on s’entretuait hier, aujourd’hui sont oubliées. Si demain quelques survivants en témoignent, dans cinquante ans leurs récits prennent l’allure d’une fiction.

Acteurs du présent, nous sommes pour la génération qui suit les responsables directs du monde que nous leur avons transmis. Avec la deuxième génération, les liens historiques sont déjà rompus. A leurs yeux, notre présent n’a que peu de rapport avec le leur, ils n’héritent rien directement de nous. C’est par eux que Saint-Simon voulait être lu. Loin des polémiques qui agitent les successeurs, ses Mémoires devaient être parcourues au bout de cinquante ans avec le détachement qui sied à la lecture d’un roman.

Le devenir histoire de l’actualité est le devenir fiction de l’histoire. Actualité, histoire, fiction. Il n’est pas aisé d’échapper à ce cycle dont nous suivons les étapes dans notre propre histoire familiale. Nous nous battons contre nos parents pour bâtir notre vie, jusqu’au jour où, parents à notre tour, la filiation nous rattrape. Avec nos grands-parents, c’est déjà différent. La mort estompe trop vite leur réalité de chair pour que nous voyions en eux autre chose que des personnages du récit parental.

L’histoire des nations, et celle du Chili en particulier, n’échappe pas à cette règle. 1973 est à présent loin derrière nous. Les enfants qui sont nés après le putsch sont aujourd’hui des parents. Pour leurs enfants, le coup d’état, la répression militaire seront plus légende qu’histoire. Le récent rapport Valech clôt, avec un certain retard, l’époque des témoignages. L’histoire se déclinera désormais sous forme de fiction.

Le rapport Valech, fin d’un cycle donc, et quelle fin ! Voilà enfin, au bout de trente ans, un récit assez complet des atrocités commises sous la dictature militaire. Je dis bien récit, car pour ce qui est des acteurs, il nous faudra sans doute patienter. Le rapport Valech, une histoire sans noms, un drame sans personnages, des crimes anonymes commis par des X sur des Y. Drôle d’équation. Drôle de réversibilité aussi. Aux noms sans corps des disparus succèdent les corps sans nom des torturés. Nom ou corps, il faut choisir, les victimes ne sauraient être présentées que par morceaux. Le crime d’enlèvement permanent devient ici crime d’anonymat permanent. Si l’appareil répressif est responsable du premier, c’est l’appareil judiciaire qui suscite le dernier. La justice, nous rappellent à juste titre les rapporteurs, a besoin du silence.

Les noms s’usent sous la lumière des rues, la pénombre des tribunaux les préserve. Patience donc et en attendant quelques indemnisations. Il faut d’abord que les corps descendent sous terre pour que les noms affleurent sur les pages du rapport. La vérité est une affaire de cadavres ou, dans le meilleur des cas, des vieillards en passe de sombrer. Les bourreaux ont besoin de masques, tout comme les victimes ont besoin d’être amputées. Etrange loi de compensations. Etrange dissymétrie du temps. Infiniment long pour ceux qui souffrent, secourable pour ceux qui vieillissent chez eux. Cinquante ans. Deux générations.

Aucune révolte ne semble pouvoir accélérer le processus ni écourter sa durée. Faut-il rester les bras croisés en attendant que le temps fasse son travail, ou, pour employer les termes officiels, que la justice accomplisse, sereinement et sans pression d’aucune sorte, sa mission ?

Je veux croire que nous pouvons accélérer le cours des choses, mais sûrement pas en aval, en amont, c’est-à-dire du côté de la fiction. Si la lenteur judiciaire a eu des effets de censure sur le rapport Valech, si les noms ont dû être gommés, faute d’avoir jugé ceux qui les portent, et bien, changeons-les, mettons d’autres noms à leur place et racontons, une fois pour toutes, ce que tant de femmes et d’hommes ont vécu, souffert, aimé pendant ces années terribles de la dictature militaire. Donnons une voix à ces corps sans nom, un présent à ces vies laissées en suspens.
L’histoire s’attarde dans les tribunaux, hâtons l’avènement de la fiction. La vérité judiciaire est indispensable, tout comme la compréhension politique, économique, sociologique. Il est essentiel d’avancer sur tous les fronts. Mais seule la fiction peut nous donner un aperçu de l’intégralité de l’expérience, c’est-à-dire de la manière dont les faits politiques, sociaux, familiaux, économiques ont été vécus par chacun. Le devenir fiction de l’histoire n’est pas un travestissement de la réalité vécue, mais, au contraire, la seule façon de la rendre éternellement présente et humaine.

Le temps de la fiction est venu. Quelques signes se font sentir ici et là. Le retentissement provoqué par le film Mon ami Machuca nous prouve, contre ceux qui prétendaient que de telles histoires n’intéressaient plus personne, que nous avons aujourd’hui plus que jamais besoin de la fiction.


Beaucoup de gens ont intérêt à ce que nous nous taisions. La liste de responsabilités est longue, elle dépasse de beaucoup les seules Forces armées. Derrière la main de criminel une foule indistincte se dissimule. Complices, alliés objectifs, pinochetistes fervents et mous, indifférents nés, individualistes de toujours, chacun pressé de tourner la page, soucieux de détourner notre caméra, troublé par les ombres que depuis le passé l’accusent.

Ne laissons pas à leur censure plus de territoire. La peur a gouverné nos vies longtemps. L’oubli nous a été salutaire un temps. Les cicatrices se sont refermées tant bien que mal. Nous avons appris à apprivoiser le présent. Il est grand temps que les langues se délient, que tel un scalpel, les plumes rouvrent les blessures et replongent dans le sang. Il nous faut savoir où nous avons été blessés et pourquoi nous continuons à avoir mal.

Quelques efforts viennent d’être accomplis, louables mais encore timides, nous devons pousser l’objectif plus loin. Chiliens, encore un effort !

Bernardo Toro
Paru dans El siglo XXI - juin 2005

06 août 2006

La libération sexuelle et son corps


Le corps retrouvé

Nous assisterions depuis plusieurs années à une redécouverte, à une revalorisation du corps. Soigneusement renfermé et soumis pendant des siècles à la répression puritaine, le corps se serait enfin libéré du tabou séculaire qui pesait sur lui.

Sa présence dans la publicité, les soins permanents dont on l'entoure, la fonction d'instrument de plaisir que nous lui avons enfin reconnue témoignent de cette renaissance du corps dont notre société s'enorgueillit.

La libération du corps est proclamée aujourd'hui avec une emphase proportionnelle à la négation dont il était victime, on nous rappelle un peu partout que notre corps vit et qu'il a besoin de nous, on s'obstine à nous persuader de son existence avec une exaltation analogue à celle des prêtres de l'Eglise qui nous incitaient jadis à nous soucier de notre âme.

Suivant un modèle d'appropriation narcissique destiné à nous réconcilier avec nous-mêmes, avec cette partie délaissée de nous-mêmes, on nous invite à nous recueillir dans notre corps, à nous le réapproprier, à l'habiter véritablement.

Déterminé par les mêmes impératifs que l'introspection de l'âme, cet investissement du corps doit nécessairement se projeter vers l'extérieur, il doit se manifester en signes tangibles pour être la source de bonheur promise.

Il ne s'agit aucunement de connaître son corps suivant une logique subjective et purement contemplative, mais de le faire apparaître avec plus d'éclat, de le rendre plus performant, plus agréable, plus jouissif.

Cette réappropriation du corps se fait donc dans une optique de rentabilité esthétique, libidinale et médicale suivant des modèles tels que la ligne, l'orgasme et la forme. La suppression des représentations rigides où l'on avait enfermé le corps donne à cette nouvelle idéologie son caractère libérateur. Refoulé, le corps s'est chargé d'une virtualité transgressive que l'actuel mouvement d'émancipation prétend libérer. Grâce à celui-ci, le corps ne serait plus une "enveloppe charnelle superflue" (vision chrétienne) et encore moins une "simple force de travail" (logique capitaliste). La société actuelle n'indexe pas de nouveaux contenus au corps, elle prétend au contraire le dépouiller de toute définition extrinsèque. En enlevant les sédiments sociaux et religieux qui emprisonnaient notre corps, notre société le laisserait, pour la première fois, parler dans sa langue originelle, dans sa matérialité authentique.

Pourtant, ce corps exalté et présenté dans sa vérité nue est aussitôt soumis à de nouvelles exigences ; il doit être avant tout sain, épanoui, svelte. L'intérêt que nous devons lui porter pour qu'il existe pleinement doit se conformer aux impératifs qui nous poussent à le rentabiliser comme signe de séduction et de satisfaction . La censure qui pesait jadis sur lui s'est ainsi intériorisée sous forme de contrainte narcissique.

Dans cette mise en scène spectaculaire, le corps est appelé à jouer un rôle prestigieux mais essentiellement instrumental. La nudité dans la publicité en est un exemple révélateur. Si elle est dépourvue du caractère érotique qu'on pourrait lui supposer c'est parce que le corps, loin d'appeler le désir du spectateur, est exhibé comme signe calculé du bien-être social, instrument fétiche de la consommation.

Souvent lorsque le mannequin ôte voluptueusement sa robe, la peau n'apparaît que comme un deuxième vêtement ostentatoire, encore plus lisse et soigné que le premier.

La libération du corps n'est en fin de compte qu'une forme très achevée de l'aliénation d'où nous prétendons le sortir. Elle participe au réajustement de la nouvelle constellation de valeurs démocratiques (liberté, bien-être, santé, sexualité).


Plus que d'une libération, il faudrait donc parler d'une mutation dans la représentation sociale du corps. A la matérialité muette d'un corps objectivé se substitue désormais la présence pleine d'un corps subjective et soumis lui aussi aux modèles normatifs de l'échange social.On remarquera cependant que cette nouvelle normativité opère d'une manière très souple, sans chercher à s'imposer, elle se veut purement indicative. Son signe emblématique est le sourire séduisant du mannequin, son mode de fonctionnement est celui des conseils du médecin et du psychologue, mais aussi celui des campagnes de sensibilisation, des thérapies et de la mode.

D'une manière aussi très indirecte, ceux qui ne se conforment pas à ces préceptes et négligent leur corps ne sauraient être punis par une instance extérieure et répressive, mais alertés de l'intérieur par leur propre corps devenu malade, mou ou laid. Ainsi, sous le signe de la réconciliation, la société actuelle introduit entre le sujet et son corps une scission latente, une ambivalence intériorisée.

Lorsque le sujet refuse d'apporter les soins permanents qu'il doit à son corps, celui-ci se dresse comme un double menaçant capable de le punir sévèrement. Le stress, la cellulite ainsi que beaucoup d'autres dysfonctionnements sont souvent ressentis comme autant de châtiments infligés par un corps délaissé cl vindicatif.

Notre éthique corporelle, fondée sur le présupposé naïf d'une liaison harmonieuse entre le sujet et son corps, génère en réalité une relation de gratification et de punition qui reproduit certains mécanismes aliénants de la vie sociale.

La lutte obsédante entre le sujet et le corps, menée sous le signe de la fonctionnalité optimale, se solde pourtant par un divorce définitif, par la trahison irréversible que le corps inflige au sujet : la mort.

La mort naturelle

Bien qu'on ne puisse pas repousser indéfiniment l'échéance ultime, l'homme moderne veille à effacer de son corps les signes qui la rappellent, il combat la dégradation physique par des thérapies diverses: chirurgicale, diététique, sportive.Dans les sociétés occidentales, le vieillissement entraîne une opposition croissante entre le sujet et son corps; ce dernier devient avec l'âge un mauvais objet qui enlaidit le sujet, un organisme malade qui se refuse à guérir, une matière grossière qui cesse de fonctionner en entraînant la mort de celui qui accepte difficilement son destin mortel.

Les pulsions autodcstructrices qui vont de la boulimie au refus de soins médicaux constituent parfois la seule manière d'échapper à l'assujettissement où le corps entraîne le sujet, c'est par une mort voulue et non pas subie que le sujet se venge de son propre corps.

La seule mort que nous pouvons encore admettre est la mort naturelle, c'est-à-dire celle qui advient inévitablement au terme de la vie, une fois que le sujet a épuisé son capital vital. De plus en plus la temporalité humaine est conçue selon la logique de l'accumulation du capital; celui qui meurt à un âge avancé est un bon administrateur de sa vie car il a su additionner les années comme d'autres ont accumulé les biens matériels; parvenu au terme de son parcours biologique, le vieillard abandonne un corps entièrement usé et dépensé où il ne reste aucun résidu vital. Celui qui meurt jeune dilapide, au contraire, sa vie. Sa disparition nous paraît révoltante, ce qui montre que derrière le droit de plus en plus revendiqué à la vie se cache un devoir implicite de longévité.

La mort précoce (non naturelle) est conçue aujourd'hui comme une perte absurde, comme une atteinte à l'ordre social provoquée par quelque "volonté hostile" -naturelle ou culturelle- que l'Etat a pour devoir de supprimer. Elle est l'objet d'une préoccupation collective alors que la mort naturelle relève de plus en plus de la sphère privée.

Cet infléchissement privé de la mort naturelle équivaut à son déni progressif dans l'univers social. Alors que jusqu'au XIXème siècle la mort était un moment social privilégié, la chambre du mourant étant le lieu d'une cérémonie collective, aujourd'hui nous mourons presque seuls dans le silence des hôpitaux et en quelque sorte privés de notre propre mort. Depuis le XVIII ème siècle l'hôpital est le lieu où se réalise le partage entre la vie et la mort. Un discours cohérent sur la mort peut y être tenu sans risque à condition que le sujet parlant soit élidé et réduit à sa stricte corporalité; il ne reste qu'un sujet parlé, sujet d'observation, c'est-à-dire objet.

Le corps médical et la famille se doivent de cacher au mourant la gravité de son état et parfois le malade lui-même joue à celui qui ne sait pas qu'il va mourir. La vie est devenue une comédie où nous jouons à tour de rôle à dissimuler la mort.

Par sa lutte contre la criminalité, contre la maladie et contre les accidents l'Etat prend en charge l'exigence d'une vie vécue jusqu'à la vieillesse et prolongée indéfiniment par la science. Aujourd'hui cependant, l'Etat et la société tout entière se voient confrontés à un mal qui échappe à la rationalité où l'on voudrait enfermer la mort : le Sida.

La sexualité préservée

Aux Etats-Unis, la morale puritaine préconise la continence et la monogamie comme les seuls moyens de lutter efficacement contre le sida. Les sociétés européennes, plus libérées, conseillent l'usage des préservatifs sans proscrire les rapports charnels. En Europe, la liberté sexuelle fait partie des acquis démocratiques au même titre que la liberté d'expression, d'idée et de culte, on ne saurait donc réprimer, sous aucun prétexte, le commerce sexuel.

Il est curieux de constater que dans cette lutte pour la liberté, le sida est pour certains le successeur inopportun de la morale bourgeoise et répressive, cette dernière, vaincue par la liberté sexuelle des années 60-70, aurait pris une revanche sous le masque mortifère du sida. D'autres croient au contraire que le sida s'inscrit, malgré les apparences, dans une tendance réactive qui devant la permissivité sexuelle des dernières décennies voudrait le retour à des limites plus strictes à la conduite sexuelle. Par un retournement insolite le sida serait l'agent inhibiteur chargé de redonner un sens à la sexualité. Lorsque le sexe est réprimé l'activité sexuelle prend l'allure d'une transgression, elle est revendiquée en tant que droit et contient la promesse du plaisir à venir, mais lorsqu'il est permis et plus encore lorsque la jouissance génitale fait partie des impératifs de l'éthique individualiste, la motivation sexuelle s'annule dans son propre débordement.

Il n'en reste pas moins que la permissivité actuelle nous amène à repenser le rôle répressif qu'on a souvent attribué au pouvoir politique, aujourd'hui la réserve sexuelle ne fait plus corps avec l'ordre bourgeois (comme c'était le cas depuis la montée du capitalisme au XVIIème siècle), le corps n'est plus simplement exploité comme force de travail, maintenant on l'incite à jouir, prudemment certes, en le cellophanisant.

Le préservatif, voilà un révélateur privilégié de la manière dont notre société vit sa sexualité. Ce mince artefact protecteur nous permet le plaisir tout en nous épargnant la mort, autrement dit il inverse le rapport traditionnel qui liait la mort à la sexualité. Ce n'est plus le sexe qui est interdit mais la mort, c'est elle qui devient l'objet de la dénégation suprême.

Jadis on réprimait la sexualité mais on reconnaissait la mort, aujourd'hui, on libère le sexe mais on refoule la mort. S'il y a donc une répression fondamentale qui se perpétue au cours des siècles, elle ne porte ni sur le sexe ni sur la mort mais sur leur rapport réciproque. En ce sens on pourrait dire que la libération sexuelle n'a été possible que lorsqu'on a pu inscrire la sexualité dans la logique accumulative de la vie afin de la dissocier de la mort ; dès lors on revendique le sexe pour neutraliser la mort. La proposition de réouverture des maisons closes en est un exemple révélateur. La reconnaissance de la prostitution de la part de l'Etat n'est destinée qu'à imposer les règles sanitaires qui devraient faire reculer la contagion du sida. Le sanitarisme permissif qui était à l'honneur après la guerre de 1914-18, face au péril vénérien, réapparaît dans le sillage du sida. La sexualité des rues n'est libérée et légalisée que pour mieux la soumettre au contrôle sanitaire, pour mieux en extirper le danger mortel.

Dans une société où le comportement sexuel est régi par la positivité de la vie, la mort est devenue un luxe inutile, une dépense en pure perte, la véritable subversion de la vie. C'est ce que les campagnes qui incitent à l'usage des préservatifs ne cessent de nous rappeler avec une désinvolture ambiguë.Il semblerait que la crainte et la prévention soient aujourd'hui les seules réactions possibles devant le fléau du sida. Il n'y a plus, comme c'était le cas lors de l'apparition de la peste, la syphilis et la tuberculose, une mythologie compensatoire -diabolique ou romantique- qui nous permette de métaphoriser la mort afin de l'intégrer dans l'échange social. A la différence de la tuberculose, le sida ne saurait être conçu comme la source d'une "activité émotionnelle accrue" où d'une "effervescence créatrice". La mort est devenue aujourd'hui une affaire trop sérieuse, une négation absolue réfractaire à toute métaphorisation.


Figure emblématique de notre sexualité, le préservatif s'ajoute à toute une série d'objets qui définissent un comportement sexuel qu'on appellera interactif. Le minitel, les vidéo x et le téléphone rose sont les objets qui composent le paysage sexuel post-moderne. Outre l'aspect commercial que revêt cette nouvelle sexualité télématique, lequel rentre dans la logique accumulative que nous avons évoquée précédemment, il est intéressant de constater son rôle séparateur et aseptisant. Entre les êtres qui communiquent par minitel, qui échangent leurs fantasmes par téléphone ou qui font l'amour avec préservatif il y a toujours cet écran rassurant, cette pellicule transparente qui vient vitrifier la sexualité et décharger l'autre de son altérité mortifère.

Les connexions se multiplient, les réseaux relationnels s'amplifient, les communications s'accélèrent mais toujours protégés par les prothèses interactives. Cette distance qui préserve les êtres de la mort -de l'autre en tant que principe de mort- peut aussi être traduite en termes temporels. La lutte contre le temps-mort, propre à l'individu dépressif de notre époque, se fait par la multiplication des branchements sociaux et par la suractivité frénétique qui tendent à éviter les temps d'arrêt et de solitude où se profile le fantasme de la mort.

L'écart minimal et le branchement continu constituent deux modes d'un même dispositif défensif. Alors que le premier nous éloigne de la mort physique par contamination, le deuxième nous préserve de cette mort psychique qu'est la dépression.


II semblerait qu'à l'apogée de l'ère individualiste, les êtres adoptent face à la sexualité le même comportement qu'à l'égard de la vie sociale. L'homme moderne qui surprotège sa sphère privée et refuse de s'oublier au nom de causes supérieures à ses propres intérêts est aussi celui qui essaie de retirer du plaisir en évitant l'échange de fluides, la fusion mortelle ; car mourir du sida est aujourd'hui aussi absurde que sacrifier sa vie pour un idéal. Le "travail de deuil" reste toujours incomplet dans une société qui place l'individu au-dessus de l'institution et de tout rapport inter-subjectif.

L'acte sexuel ne saurait plus admettre le risque de la mort, il est incapable de lui donner un sens ou d'en recevoir, le sidaïque étant la preuve tragique de cette inadéquation. Le malade atteint de sida donne à la mort le temps d'exister et l'inscrit en plein coeur de la vie. Notre société doit déployer un vaste effort d'encadrement afin d'apprivoiser , cette aberration vivante chez qui se côtoient dangereusement le sexe et la mort.

Dans un monde aseptisé, prophylactique, le sida nous offre une métaphore paradoxale et un avertissement. La médecine ayant pour vocation d'expulser la mort du corps a en effet réussi à éliminer lentement mais inexorablement les microbes, les bactéries, bref toutes les vieilles infections. Or, une nouvelle pathologie est apparue dans ce corps aseptisé, elle provient du système de défense lui-même qui sans emploi commence à sympathiser et à reproduire le virus mortel. Le sida est cette viralité meurtrière qui naît de la désinfection elle-même, un dysfonctionnement provoqué par la positivisation outrancière du corps. Bernardo Toro Paru dans Lieux Extrêmes N°1




04 août 2006

Je me souviens de sa voix.



Je me souviens de sa voix.

Une brève ligne de lumière par le battant de la porte, entre le silence de la rue et le vacarme du restaurant. Je suis encore là, malgré la distance, qui n’est rien, malgré les années, qui s’additionnent, et je m’aperçois que la porte est close, qu’aucune lumière ne filtre, que le restaurant n’est plus depuis longtemps.Et il me semble pourtant que j’insiste, que la porte reste close ; qu’à force d’attendre, tout ce qui devrait s’ensuivre est très vite derrière moi. Sa voix, je me souviens de sa voix, une vibration suspendue, ébranlant les syllabes, les emportant une à une, c’est grâce à elle que la porte cède, que l’espace s’anime, quand bien même la salle est vide et la cave un débarras humide.

Une fois de plus, c’est le silence qui se trouve au départ, un silence étourdissant, gorgé de voix impérieuses, un silence dont je sais à présent qu’aucune voix, même la sienne, ne l’abolira. C’est pourquoi j’hésite, tenté par une illusion rétrospective de refermer cette porte, de retourner au silence, à l’oubli paisible, au présent.

Je me souviens de sa voix. Une vibration suspendue, ébranlant les syllabes, les emportant une à une, carillon sur carillon. Me revient aussi cette morsure, cette montée du son, plus dense, plus profonde, ricochant sous la peau. Je fais un pas de plus, les images si promptes, se bousculant dans l’espace, sans contour précis, à peine discernables, laissant dans la mémoire une impression de blanc. Son nom, le nom de cette femme?

Biffure incompréhensible du temps. Par vagues successives sa voix se tend, au ras des murmures, remonte en crête, un mot déferlant, puis à nouveau noyée, reprise dans le reflux, indistincte parmi toutes celles qui s’estompent à leur tour. Non pas la voix : la part de silence qu’elle retire.

Signature de tout ce qui est à lire.

«Contretemps» , roman de Bernardo Toro. Les petits matins, Paris, octobre 2006.

Cortázar parle de l'exil


Dépasser cette étape négative est, pour les intellectuels, non seulement une possibilité, mais une obligation. Accepter la règle du jeu imposée par l’adversaire, c’est lui concéder un double triomphe: s’être débarrassé de la présence physique des opposants et les avoir annihilés sur le plan spirituel, dans leur travail d’artistes, de scientifiques, d’écrivains.
Et si les exilés décidaient à leur tour de considérer comme positif leur exil ? Tout en sachant que je suis sur la pente dangereuse du paradoxe, je crois qu’un tel choix correspond à une prise de réalité parfaitement valable. C’est pourquoi je lance cet appel à une distanciation expresse, qui prendrait appui, entre autres, sur le sens de l’humour, de cet humour qui, tout au long de l’histoire, a permis de véhiculer des idées et une praxis qui, à défaut, paraîtraient folie ou délire.
Je me réfère encore une fois à mon expérience personnelle: mon récent exil culturel qui a coupé net le pont avec mes compatriotes en tant que lecteurs et critiques, n’a pas été pour moi un traumatisme négatif. Si ceux qui m’ont ainsi fermé les portes de mon pays croient avoir parachevé mon exil, ils se trompent du tout au tout. En réalité, ils m’ont donné une bourse à plein temps, pour que je me consacre plus que jamais à mon travail, car ma riposte à ce fascisme culturel est et sera de multiplier mes efforts aux côtés de tous ceux qui luttent pour la libération de mon pays. Exilés, oui. Point.
Ecrivains exilés, certes, mais en mettant l’accent sur "écrivains".
Les dictatures latino-américaines n’ont pas d’écrivains, mais seulement des scribes: ne devenons pas, nous, les scribes de l’amertume, de la rancœur, de la mélancolie.
Contre l’autocompassion il est préférable de prétendre —aussi dément que cela puisse paraître—que les véritables exilés sont les régimes fascistes de notre continent, exilés de l’authentique réalité nationale, de la justice sociale, exilés de la joie et de la paix.
A propos de démence: comme l’humour, elle représente une façon de faire éclater les stéréotypes et d’ouvrir un chemin positif, introuvable si nous continuons à nous plier aux règles du jeu froides et sensées qui sont celles de l’ennemi.
Ce "fou" d’Hamlet finit par avoir raison du système despotique qui étouffait le Danemark : ne l’oublions pas.
Ce genre d’offensive intellectuelle exige de l’imagination, de l’invention, de l’humour et même un semblant de folie, mais est doublement efficace : si le travail intellectuel des exilés se fraye un chemin dans nos pays (et c’est toujours possible, même s’il ne touche que des minorités, à travers les circuits privés), il a aussi un impact dans leurs pays d’accueil et contribue à y développer la solidarité avec notre cause.
Mais pour cela, il nous faut rompre avec le répertoire habituel de la terminologie de l’exil et procéder à un retour sur nous-mêmes, où chacun se voit de nouveau, se voit nouveau. La prise de réalité dont je parlais ne sera possible qu’au prix d’une autocritique qui nous arrache une bonne fois certains des voiles qui nous aveuglent.
Tout écrivain honnête admettra que le déracinement mène à cette révision de soi-même. Contraignante et brutale, elle a les mêmes effets que le fameux "voyage en Europe" de nos grands-parents et parents.
Certes, il s’agissait alors d’un choix volontaire et agréable—c’était le mirage de l’Europe en tant que catalyseur de forces et de talents encore embryonnaires. Le voyage qui menait un Chilien ou un Argentin à Paris, à Rome ou à Londres était initiatique, on était dès lors sacré chevalier, on accédait au Saint-Graal du savoir de l’Occident.
Heureusement, nous échappons de plus en plus à cette attitude de colonisés mentaux qui pouvait se justifier en d’autres temps, mais que l’ubiquité culturelle offerte par les mass media ou les happy few media rend anachronique.
Et pourtant, il subsiste une analogie entre le merveilleux voyage culturel de jadis et l’expulsion implacable de l’exi l: la possibilité précisément de cette révision de nous-mêmes en tant qu’écrivains arrachés à notre milieu.
Il ne s’agit plus d’apprendre de l’Europe, mais de nous pencher sur nous- mêmes en tant qu’individus appartenant à un peuple d’Amérique latine et de chercher pourquoi nous perdrons les batailles, pourquoi nous sommes exilés, pourquoi nous vivons mal dans nos pays, pourquoi nous ne savons, ni gouverner, ni renverser les mauvais gouvernements, pourquoi nous avons tendance à surestimer nos aptitudes afin de masquer nos incapacités.
Le premier devoir de l’intellectuel exilé devrait être de se mettre à nu devant le pénible miroir qu’est la solitude dans un hôtel à l’étranger et là, sans l’alibi facile du localisme et du manque de termes de comparaison, essayer de se voir tel qu’il est.

Unité



Pablo Neruda

Il y a quelque chose de dense, uni, déposé au fond,
répétant son chiffre, son signe identique.
Les pierres ont touché le temps, c’est évident,
une odeur d’âge émane de leur fine matière,
et de l’eau qu’amène la mer et du sel et du rêve.

Une même chose m’entoure, un seul mouvement :
le poids du minéral, la lumière de la peau,
unis au son du même vocable : noche
l’encre des blés, de l’ivoire, des sanglots,
des choses en cuir, en bois, en laine,
vieillies, décaties, uniformes,
se dressent autour de moi telles des parois.

Je travaille sourdement, tournant sur moi-même,
comme le corbeau sur la mort, le corbeau de deuil.
Je réfléchis, isolé au milieu de longues saisons,
central, cerné de géographie silencieuse :
une température partielle tombe du ciel,
un empire extrême d’unités confuses
s’assemble en m’entourant.

Traduction :
Bernardo Toro

02 août 2006

Roland Husson sur «Contretemps»


Sur «Contretemps»

Ce roman est un témoignage sur le coup d’Etat au Chili, sur les souffrances des exilés en France et sur leur stupeur devant le Chili d’aujourd’hui.

C’est d’abord une réponse à ceux qui en 1973 parlaient cyniquement des privilégiés qui se rendaient en Europe pour y être traités comme de coqs en pâte.

C’est en suite l’histoire d’une femme militante, désarmée dans un pays étranger, devant élever ses enfants et qui compense les affres de la solitude par quelques aventures sentimentales où la sexualité est traitée avec beaucoup de pudeur.

Cette femme aimée du narrateur a une voix attachante. Le portait qui en est fait nous donne l’image d’une « révolutionnaire », engluée dans le quotidien, mais qui ne renonce pas.

Le texte, remarquablement écrit, ne fait aucune place, ni à la démagogie, ni au sentimentalisme.

En se sens il est un bel hommage aux militants de l’Unité Populaire et un pour mémoire adressé aux Chiliens d’aujourd’hui. C’est un livre bilingue et biculturel.

Roland Husson


Roland Husson, ancien diplomate et écrivain. Né à Paris 1934. Après l’agrégation de Lettres Modernes passée en 1963, il enseignera six ans aux Etats-Unis puis en Australie. De 1969 à 1985, il fut Attaché ou Conseiller culturel aux Etats-Unis, au Chili, en Italie, en Iran en en Finlande.

Il est l’auteur de «
Nous avons mal au Chili » où il raconte l’Unité Populaire, le coup d’Etat et deux années de luttes culturelles avec des artistes et des écrivains chiliens. Il a écris aussi « Un autre regard sur New York » chez Droz.

01 août 2006

Chez Evene


CONTRETEMPS
DE BERNARDO TORO


CATEGORIE : LITTÉRATURE FRANÇAISE XXIÈ
Date de publication : 13/10/2006
Editeur : Les petits matins
Pages : 355 - Prix du livre : 20 Euros



RÉSUMÉ DU LIVRE

1980. Un jeune homme de 17 ans quitte le Chili de Pinochet pour démarrer une nouvelle vie sur Paris. Seul, sans ressources, perdu dans la ville dont il ne maîtrise pas la langue, il retrouve Laura, une femme de 34 ans, épouse d'un dirigeant d'extrême gauche, dans un restaurant chilien où il joue aux échecs avec des compatriotes. Commence une douloureuse relation amoureuse.

MORCEAUX CHOISIS

La première phrase :
J'étais sur le balcon quand la voiture est arrivée.

LES EXTRAITS de "Contretemps"

Paris peut être une ville terrible certains soirs, un je-ne-sais-quoi de foire ratée pour touristes, des vitrines loin de tout clignotant dans le vide. Le plus dur, ce sont ces petits riens, ces détails qui vous font basculer. Ca peut-être une cour jonchée de poubelles, un ciel plombé, la pétarade hystérique d'une moto. Vous ne jugez pas, vous ne pensez à rien, mais une bouffée de néant se dégage de vos poumons et remonte dans votre bouche avec une amertume d'eau croupie. Les autres ? Vous-même ? Le train-train quotidien ? Il ne sert à rien d'expliquer. A chaque respiration, l'air draine dans votre sang une chose trop lourde qui distend vos veines partout où elle passe. Vous êtes perdu pour la joie de vivre et le glamour parisiens. Le lendemain, au réveil, un ciel boueux vous guette derrière les volets clos. Vous voilà debout, les yeux lourds de fatigue anticipée, et vous vous dites, vous vous entendez dire que si vous n'êtes pas content ici, vous n'avez qu'à rentrer chez vous !
Chapitre : trois - Page : 111 - Editeur : Les petits matins - 2006

A l'époque, je doutais de tout, de mon amour de mère, de femme, de ma capacité à aimer qui que ce soit. C'est alors que j'ai commencé à travailler pour le Mir. Je ne sais pas si j'ai bien fait, tout était déjà tellement embrouillé dans mon esprit. Chaque matin, j'avais l'impression que nos vies risquaient de basculer dans le cauchemar, sans cesser pour autant d'être absurdes. Quand Alvaro me faisait la morale, quand il me reprochait de vouloir racheter ma mauvaise conscience, de confondre politique et psychothérapie, je ne disais rien. J'avais besoin qu'on me secoue. Mais, le soir, il suffisait que Thomas m'entoure avec son bras pour que le bruit du vent contre les mélèzes recommence à siffler dans mes oreilles. Te voilà comblée. Jamais dans ta vie tu n'as été aussi comblée. Et là, il fallait que je me lève encore et que je reprenne toute ma journée à l'envers : Alvaro, sa planque, les enfants, Thomas.
Chapitre : Cinq - Page : 182 - Editeur : Les petits matins - 2006

31 juillet 2006

Arabesques

Giovanni de Lutero Dosso (1479-1542)



La porte ! hurle le mari.
J’entends plusieurs coups secs battre directement
dans mon sang.
Des yeux, je cherche mon père qui se tourne à son tour vers le mari.
Mais qu’attendez-vous ? Allez voir qui frappe !
Mon père se relève, pose sur nous des yeux impuissants. Comme il s’engage dans le couloir, je vois le mari sortir un objet de sa poche. L’éclat du barillet m’effraie plus que le reste. « Qui est là ? », risque mon père. Mais les jappements du chien reprennent. « Il y a quelqu’un ? » « Ouvrez ! » Les deux phrases s’entrechoquent, mordent l’une dans l’autre, puis le silence les absorbe. Près de moi, un déclic métallique, et aussitôt un ouragan de vide, deux blocs glacés à la place des poumons.
Depuis ce jour, à chaque fois qu’on entend crisser les freins d’une voiture, on ose à peine entrouvrir les rideaux.

William-Adolphe Bouguereau (1825-1905) - Nymphes et Satire (1873)



Le mari, prétendait ma mère, se bourrait de calmants. Chaque matin, je le trouvais dans la cuisine, assis devant une tasse de thé froid. Quand je le saluais, c’est à peine s’il semblait me reconnaître, se contentant, tandis que j’avançais vers lui, de me suivre telle une image sur un écran de cinéma, qui grossit sans pour autant se rapprocher. Lorsqu’il ne restait plus que la table entre nous, un reste de frayeur mal éteinte l’obligeait à sortir de sa torpeur. Ses yeux erraient sur mon visage, puis ses lèvres s’étiraient en une tentative de sourire.
Les yeux de sa femme, en revanche, accueillaient avec sympathie l’adolescent que j’étais. Elle passait tous les après-midi à lire, étendue sur une chaise longue, dans un coin du patio. Depuis ma chambre, je pouvais la voir en écartant les lames des persiennes. Un livre plié à l’envers comme un éventail, les cheveux tombant en grappes, le bras indolemment étendu. Quelque chose m’intriguait, m’irritait malgré moi, et, tout en éprouvant un plaisir mortifiant, je la contemplais de longs moments, m’oubliant presque, suspendu à ma vision : son profil délicat de jeune fille, la ligne jumelle de ses jambes, la trame unie de ses bas, puis, comme je m’éloignais de la fenêtre, toute sa silhouette à contre-jour se découpant en fines lamelles.

Edouard Manet (1832 - 1883) Nymphe surprise (1860)




Mon père, qui était pour moi un modèle, et qui devait l’observer comme moi, loua un jour son aplomb.

J’ai rarement vu, confia-t-il à ma mère, un tel courage dans un corps aussi... On dirait une nymphe, tu ne trouves pas ?

30 juillet 2006

RELAY

Rentrée littéraire: suspense et fiction au menu des premiers romans
S'il est difficile de parler de ces jeunes auteurs, il est toutefois possible de relever certains thèmes récurrents et les tendances de la nouvelle génération. Les jeunes auteurs 2006 ont privilégié la fiction, et se détachent ainsi de l'autobiographie, une tendance qui était prédominante l'an passé. Au programme: de la psychologie autour de personnages perturbés, des romans noirs et du suspense, de l'amour et de l'amitié, et des fictions inspirées de l'actualité récente.Panorama.
Amour
Outre la violence et les crimes, les romans de la rentrée ont aussi leur part d'histoires d'amour.
..., dans Contretemps (Petits Matins, août), Bernardo Toro imagine les amours d'une jeune Chilien de 17 ans et d'une femme mariée de 34 ans.

28 juillet 2006

Allende veut dire... aller au-delà


allende. (Del lat. illinc, de allí). 1. adv. l. De la parte de allá. 2. adv. c. además. 3. prep. Más allá de, de la parte de allá de. 4. prep.
Además de, fuera de. Allende de ser hermosa, era discreta. Real Academia Española
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27 juillet 2006

Biographie de Bernardo Toro



Bernardo Toro est né à Santiago du Chili en 1964, au sein d'une famille de gauche. Son père, fonctionnaire de l'Université du Chili, congédié de son poste pour des raisons politiques après le coup d'État de 1973, a joué un rôle actif dans l’aide aux victimes du régime militaire chilien.


Jeune joueur d'échecs, Bernardo Toro a représenté son pays dans plusieurs compétitions internationales. Lors du Championnat du monde junior à Dortmund (Allemagne) en 1980, il a fait match nul contre le futur champion du monde Gary Kasparov. Au moment d’abandonner la compétition, il était vice champion sud-américain d'échecs.


Après avoir entamé des études de médecine à l'Université du Chili, il décide de quitter son pays afin de poursuivre des études de lettres à Paris. De grand-mère française, émigrée au Chili au début du siècle, il s’agissait en quelque sorte pour lui d’un retour aux sources. Parallèlement à ses études universitaires, il réalise diverses animations d'échecs. Je me rappelle en particulier une simultanée à l'aveugle contre seize participants à la Bibliothèque Nationale de France. En 1987, il soutient à Paris IV un mémoire de D.E.A. sur l’œuvre de Marcel Proust. Depuis, il travaille comme professeur de français dans la région parisienne. Entre 1988 et 1993, il dirige la revue d’art et littérature Lieux extrêmes qui publiera des auteurs de renom tels que Jacques Derrida, Jean Baudrillard, Julia Kristeva, Jean-Luc Marion, Philippe Sollers, etc. Il dirige actuellement la revue Rue Saint Ambroise, publication trimestrielle consacrée à la fiction courte contemporaine. Auteur de plusieurs essais sur la littérature, Bernardo Toro a écrit trois romans inédits.


Son roman Contretemps sera publié à Paris en octobre prochain par la maison d’édition Les petits matins et promet d’être la surprise de la rentrée littéraire parisienne 2006. Il est sans doute l’un des auteurs le plus talentueux de sa génération.

M. C.