
04 février 2010
Parution De fils à fils, Bernardo Toro, éditions Stock, dans la collection Bleue

La texture du temps
Un homme parle à son fils et s'interroge.
A la succession de samedis à venir, s'ajoute le souvenir des après-midi d'autrefois, les rares fois où son père venait les voir. C'est lui, se disait-il en le voyant approcher, incapable de dire : C'est mon père.
Un père parle à son fils et la narration se dédouble. Deux pères, deux fils, deux histoires, mais un seul temps : deux heures de l'après-midi. Le moment où le narrateur va chercher son fils à l'école et celui où son père surgit au milieu de l'Alameda.
L'originalité du livre réside dans sa manière de conjuguer passé et présent. Le narrateur raconte des faits qui se passent à trente ans d'intervalle, en les fondant dans un récit unique qui va toujours de l'avant. Les rôles s'inversent mais les mécanismes se reproduisent. C'est toujours le fils qu'on voit dans le père et le père qu'on voit dans le fils, comme si nous pouvions embrasser d'un seul regard l'adulte et l'enfant.
Peu de livres parviennent à faire résonner en même temps passé et présent, sans nous pousser au vertige, mais en nous faisant sentir, entre deux phrases, la texture du temps.
De fils à fils roman de Bernardo Toro
Code HACHETTE : 5462668
Prix TTC : 18,50 €
Date de parution : 02/2010
Dimensions : 215 x 135 mm
Nombre de pages : 256
Copyright © Editions Stock, 2010
Anatomie d'un roman. Entretien
Bernardo Toro : L'expression est forgée à partir de deux expressions assez courantes : d'homme à homme, axe horizontal; et de père en fils, axe vertical. De fils à fils se situe dans la bissectrice de ces deux expressions. Elle traduit la nature de cette parole adressée au fils.
Il s'agit, par ailleurs, d'une citation du livre. Le père dit à son fils : « Entre nous il n'a jamais été question de père, même aujourd'hui je te parle de fils à fils. »
Le narrateur adresse son récit à son fils.
Il s'agit d'un monologue intérieur adressé au fils. La pensée est par nature dialogique. Quand nous pensons nous nous adressons souvent à quelqu'un. C'est d'ailleurs ce qui rend notre pensée si répétitive. Il ne suffit pas de penser. Il faut encore que notre pensée soit entendue, comprise, admise. Par qui ? La nature de cet autre en nous n'est jamais très claire ni stable. Quel est ce fils auquel s'adresse le narrateur ? Son vrai fils ? Le fils qu'il a lui-même été ? Est-ce toujours le même fils ? La situation de communication induite par la pensée est plus complexe que celle relayée par la parole.
Que peut-on dire de son but ? En racontant sa vie à son fils, le narrateur cherche-t-il à s'expliquer, à se justifier ou à obtenir une réponse ?
Son but premier n'est pas de raconter sa vie. Le narrateur a quelque chose à dire sur son père, (chapitre I) et sur sa mère, (chapitre II). Aucun de ces deux chapitres n'amorce véritablement le récit. Bien au contraire, ils débouchent tous les deux sur une sorte d'arrêt du temps. Dans le premier chapitre, cet arrêt se produit à deux heures, au moment où son père surgit au milieu de l'Alameda. Dans le deuxième chapitre, il se produit à neuf heures, au moment où il va chercher son frère en face de l'hôpital. La naissance de son fils, à la fin de ce chapitre, constitue une issue possible. Les aiguilles se remettent à tourner, la vie est relancée, un récit est possible. Très logiquement le récit s'ouvrira par son départ du village, et se fermera, près de vingt-ans plus tard, par un autre départ. Au début et à la fin de l'histoire, on trouve une rupture avec le cercle familial. Pour le narrateur devenu père, il s'agit moins de raconter sa vie à son fils que de répondre à une question : pourquoi, après la naissance de celui-ci, les aiguilles se sont à nouveau arrêtées.
Mais il n'arrive pas tout à fait à répondre.
Je dirais plutôt qu'il trouve plusieurs réponses, alors qu'il n'en voudrait qu'une seule.
Je veux dire qu'à chaque fois son récit est interrompu par un autre récit. Initialement cette double ligne narrative semble renvoyer à la réversibilité des rôles. Le narrateur est père dans le premier récit et fils dans le deuxième.
Pour bien saisir cette dialectique du père et du fils, il me semblait indispensable d'introduire une troisième dimension qui permette au récit de s'affranchir de la chronologie et de la psychologie.
Pour vous, chronologie et psychologie vont de pair ?
Pourquoi le narrateur ne parvient pas à assumer sa paternité ? Pourquoi sa vie s'effondre dès que son fils vient au monde ? Pour trouver une réponse à ces questions, le récit psychologique (et chronologique), va fouiller dans le passé du personnage, dans son enfance, dans le rapport à son propre père. Cette plongée dans l'enfance supposera un retour en arrière. C'est le rôle classique du retour en arrière depuis l'Odyssée : expliquer la suite, éclairer le présent. Dans De fils à fils, cela commence par un retour en arrière. Le narrateur va chercher son fils à l'école, se promène avec lui et tout à coup il regarde sa montre, il est deux heures, il se souvient de son père qui venait les voir toujours à cette heure. Mais peu à peu un décrochage narratif et temporel se produit, le retour en arrière n'est plus subordonné au récit principal, il devient indépendant. Bientôt on se demande lequel des deux est le récit principal. Qu'est-ce à dire ? Que le passé n'est plus derrière lui, qu'il n'est plus la cause de son présent, ni son explication, ni sa répétition, l'enfance n'explique pas l'âge adulte. Les faits arrivent, c'est tout ce qui compte. En faisant sauter les liens chronologiques entre les faits, c'est tout l'édifice psychologique qui s'effondre. Nous sommes projetés dans un espace à trois dimensions où fils, père et grand-père sont contemporains. Il peut sembler curieux qu'un roman qui porte, entre autre, sur la filiation tienne si peu compte de la chronologie. C'est pourtant la clef du roman. La filiation est une affaire de structure et non de chronologie.
L'inconscient ignore le temps, disait Freud.
Exactement. Vous pouvez faire beaucoup de choses dans un roman : mettre des poèmes, de la critique sociale, enlever les points, cela ne fera jamais que des ajouts et des suppressions.
Si vous voulez vraiment toucher au mécanisme, il vous faudra modifier les paramètres qui règlent la temporalité du récit. Notre vision du monde est là, tapie derrière des mots aussi inoffensifs que «chronologie».
Entre les deux fils du récit il y a parfois des écarts temporels importants. D'un paragraphe à l'autre on peut reculer ou avancer de trente ans sans la moindre transition.
Mais on comprend quand même.
Oui, on suit parfaitement.
Grâce à quoi ?
Je vous pose la question.
Cette disparition des indices temporels fait penser au style indirect libre. Comme chacun sait, cette forme de discours ne comporte aucune trace de la personne qui parle ou pense, mais là aussi on comprend. Pourquoi alors encombrer le récit de : «dit-il», «pensa-t-il» ? Bien entendu, il ne suffit pas d'enlever les indices temporels et de dire au lecteur : Débrouillez-vous ! Si vous ne comprenez pas, tant pis ! Il faut, au contraire, entrelacer les fils narratifs avec une grande minutie, répartir subtilement les indices capables de mettre le lecteur sur la voie et donner à chaque récit sa couleur propre. Les confusions, quand elles se produisent, sont voulues par l'auteur.
Ce n'est pas un procédé très habituel en littérature, il relève plutôt de la composition musicale.
De fils à fils est, en effet, composé comme une sonate à deux instruments. Le violon : l'enfance, le piano : l'âge adulte. Mon rêve était de faire sonner les deux instruments en même temps. Mais la linéarité de l'écriture ne le permet pas. Il faut donc trouver d'autres moyens pour rendre cette simultanéité. La disparition des indices temporels en est un. Je crois toutefois que, comme l'usage du style indirect libre, c'est l'époque qui le rend possible et non l'écrivain. Le lecteur du dix-neuvième siècle avait besoin d'indices temporels clairs pour suivre le fil du récit, pas le lecteur du XXIe siècle. C'est dommage que beaucoup d'écrivains continuent à écrire comme s’ils s’adressaient aux lecteurs de Balzac.
Mais il semblerait que dans De fils à fils l'absence de marquage temporel poursuit d'autres objectifs.
Absolument. Cette disparition des indicateurs temporels a surtout une visée stylistique. Elle me fait penser à Hemingway et sa théorie de l'iceberg. Nous ne voyons qu'un dixième de l'iceberg, tout le reste est sous l'eau. Pour un livre, disait-il, c'est pareil. L'auteur ne doit mettre en mots qu'un dixième de ce qu'il sait de l'histoire. Mais où passe le reste ? Et surtout à quoi sert-il ce savoir qui ne se traduit pas en mots ? A mon avis, les neuf autres dixièmes passent dans la composition du livre, c'est-à-dire dans la manière dont les différentes parties de l'histoire sont agencées. Il y a un savoir à l'œuvre dans cet agencement que le lecteur ressent, mais ne voit pas forcément. Un écrivain doit pouvoir s'exprimer sans mots, c'est-à dire avec des ellipses, des silences, des non-dits, et surtout avec des effets de composition. Un roman n'est pas fait qu'avec des phrases, le romancier n'est pas un phraseur, mais un architecte. C'est d'ailleurs la raison qui me pousse à aborder ce roman par de considérations apparemment techniques, sans grand rapport avec le contenu même du livre. Ce que je sais sur l'histoire de Manuel se trouve à quatre-vingt-dix pour cent dans la composition du livre.
Puisque les considérations formelles ne vous effraient pas, permettez-moi une dernière. Dans De fils à fils, le paragraphe semble investit d'une fonction particulière. C'est toujours lui qui introduit les ruptures temporelles. On remarque d'ailleurs que les paragraphes ne se terminent jamais par un point.
Dans ce roman, le statut du paragraphe est problématique. Constitue-t-il une unité logique (c’est-à-dire sémantique, thématique) ou bien une unité temporelle ? On ne le sait jamais par avance. D'un paragraphe à l'autre, c'est le saut dans le vide. Où le lecteur va-t-il atterrir ?
Trente ans plus tôt ou dans la suite du même récit ? En lisant le début du paragraphe suivant, il ne le sait pas encore. Il se produit alors un phénomène proche de ce qu'on appelle la persistance rétinienne.
La phrase qu'il vient de lire résonne encore dans son cerveau quand il entame le nouveau paragraphe. Il est deux heures de l'après-midi, il fait très chaud, le narrateur âgé de dix ans voit son père apparaître au milieu de l'Alameda. Au paragraphe suivant, on voit le père qu'il est devenu trente ans plus tard éponger son front. Pendant quelques dixièmes de secondes, l'enfant et l'adulte sont la même personne, brûlés par le même soleil, le lecteur ne voit pas l'abîme de trente ans qui les sépare. Ces quelques dixièmes de seconde sont l'essence même du livre, ce que je sais de l'histoire se trouve là, au détour d'un paragraphe.
12 décembre 2009
21 septembre 2009

Rencontre organisée par la revue Hommes et Migrations
28 mars 2009
le dimanche 5 avril à partir de 18 heures au lancement du livre
Nouvelles Odyssées
50 auteurs racontent l'immigration
Une anthologie littéraire sur l'immigration avec des textes de Tahar Ben Jelloun, Vassilis Alexakis, François Cheng, Jacques Lanzmann, Nancy Huston, Alain Mabanckou, Andreï Makine, Eduardo Manet, Philippe Claudel, Bernardo Toro...
tel : 06 20 53 39 18
Cité nationale de l'histoire de l'immigration
Palais de la Porte Dorée
293, avenue Daumesnil
75012 Paris
10 janvier 2009
Rencontre littéraire
Rencontre littéraire et musicale
avec la Compagnie Aleph
Entrée libre
Tél 03 44 06 08 20 contact@theatredubeauvaisis.com
20 novembre 2008
29 octobre 2008
Conférence à La Sorbonne
Bernardo Toro était l’invité fin octobre du séminaire Amérique Latine, organisé à l’amphithéâtre Descartes de l’université de la Sorbonne, sur le thème «Littérature et violence». à cette occasion, il a développé quelques réflexions autour de la violence politique et la censure, qu’il avait abordées dans son roman «Contretemps».
21 septembre 2008
Influences des artistes latino-américains dans le monde littéraire français
Table ronde animée par Anne-Marie Métailié, éditrice
Jusque dans les années soixante-dix, bien que réduite, la présence d'artistes ou d'intellectuels latino-américains en France marque le paysage littéraire par la portée symbolique des échanges qu'elle a suscités. Cette rencontre évoquera les influences réciproques qu'ont exercées les représentants du monde littéraire français et latino-américains, à travers les trajectoires de ces migrants venus en France rencontrer les figures intellectuelles marquantes de l'époque ou dans le cadre d'un exil politique ou plus durable.
Intervenants
Bernardo Toro, écrivain d'origine chilienne, directeur de la revue Rue Saint Ambroise
Carmen Castillo, écrivaine et réalisatrice d'origine chilienne
Alicia Dujovne-Ortiz, écrivain d'origine argentine, journaliste, poétesse, romancière
Edouardo Manet, écrivain et réalisateur français d'origine cubaine
Karla Suarez, écrivain d'origine cubaine, auteur notamment de Tropique des Silences
Cité nationale d'histoire de l'immigration
Auditorium
Palais de la Porte Dorée
293, avenue Daumesnil - 75012 Paris
Places limitées - réservation conseillée par email auprès de karima.dekiouk@histoire-immigration.fr
24 octobre 2007
22 octobre 2007

Librairie V.O.
36, rue de Tournai Lille
Vendredi 19 octobre 2007
18h30 à 20h30: Lire en fête et la nuit du livre
Rencontre bilingue français/espagnol avec
Bernardo Toro et Sergio Gonzalez
dans le cadre des « Belles Latinas » à Lille
En partenariat avec l’Université Lille 3 et l’association Colores Latino Americanos
21 juin 2007
Festival Traits d’Union

Festival Traits d’Union : Samedi 23 juin de 15 à 21h. Dimanche 24 juin de 10 à 21h. Villa Mais d’Ici. 77 rue des Cités. Aubervilliers. M° Aubervilliers - Pantin 4 Chemins
10 mai 2007
Rencontre à la Maison de l'Amérique latine
27 avril 2007
Salon du livre de l'Amérique latine
21 mars 2007
Salon du Livre de Paris
23 février 2007
Rencontre à Albi
La libraire Librairie Guillot et l'Association Pattes de Mouche
vous invitent à rencontrer Bernardo Toro
Le samedi 3 mars à 18h30
Libraire Guillot
21 Lices Georges Pompidou
81000, Albi
18 février 2007
Bernardo Toro à Montpellier
Pour en savoir plus, consultez : Contretemps
08 février 2007
Entretien

Entretien avec Caroline Verdier
Caroline Verdier : Même si l’action se situe bien des années plus tard, le moment inaugural de Contretemps semble être le coup d’état de 1973. C’est à ce moment-là que la vie des personnages bascule.
Bernardo Toro : Le coup d’état au Chili a été un séisme effroyable dont l’onde de choc a touché au moins trois générations. Même si je n’avais que neuf ans au moment du puscht, j’ai vu autour de moi le monde s’effondrer, d’abord brutalement, puis lentement et de manière insidieuse. De ce jeu de massacre personne n’est sorti indemne. Personnellement, j’en garde une méfiance irrépressible à l’égard du pouvoir, ainsi qu’un désir permanent de clandestinité, comme si toute participation à la vie sociale « officielle » était une forme de compromission. Que ce sentiment soit absurde ne change rien à l’affaire. La violence du coup d’état a eu aussi des effets de dévoilement, c’est-à-dire de vérité. Je ne suis pas loin de souscrire à la thèse de Freud qui prétendait que la société était le fait d’un crime commis en commun. Ce crime nous l’avons vu, il s’est déroulé sous nos yeux. Les faits sont là, à présent nous les connaissons, mais savons-nous comment ont-ils été subjectivement vécus ? C’est là que la littérature a un rôle à jouer. Fait politique, la dictature est devenue un fait social, familial, individuel, il n’est pas de domaine qui ait échappé à son pouvoir. Loin du cloisonnement que la rationalité impose à l’expérience, le roman capte la vie dans son ensemble, c’est-à-dire dans son hétérogénéité. Politique, sentiments, économie, conflits familiaux, dans la vision subjective tout est inextricablement imbriqué. L’impudeur de la littérature tient moins aux secrets qu’elle révèle qu’aux cloisons qu’elle abat, la réalité semble tout à coup si étrange, si méconnaissable dès qu’elle racontée à partir de la conscience d’un sujet. Toutes les bibliothèques du monde ne sauraient épuiser la richesse d’une seule de nos journées, même si certains livres peuvent nous faire sentir, par instants, cette complexité. C’est ce que j’ai essayé de faire : donner un aperçu de ce que le coup d’état a été pour beaucoup d’entre nous.
Mais votre roman porte surtout sur l’exil.
Oui, il porte sur l’exil et il est porté par lui, en ce sens qu’il est écrit dans une langue d’adoption. D’ailleurs je ne suis pas sûr qu’on puisse parler d’exil au singulier…
Justement Contretemps met en scène deux personnages dont le rapport à l’exil est totalement opposé. L’un, le narrateur, veut à tout prix s’intégrer à la société française, tandis que l’autre, Laura, s’y refuse. Ce n’est pas simplement une question d’âge…
L’âge y est pour beaucoup, le fait que l’exil ait été choisi ou subi aussi. Mais l’assimilation n’est pas le seul but, à l’opposé on retrouve ce qu’on pourrait appeler le « fantasme de l’étranger ». Laura vit en étrangère en France, la narrateur veut rester étranger à la communauté des exilés. Chacun se veut l’étranger de l’autre. Dans ce refus d’appartenance il y a un rêve d’indépendance, d’irresponsabilité, d’autonomie, qu’il soit accompagné de l’idéalisation d’un ailleurs ou pas. Les exilés qui de retour au Chili se voulaient étrangers aux maux qui secouaient la société chilienne témoignent assez bien de ce processus. Mais à mes yeux, celui qui incarne le mieux ce fantasme d’extériorité absolue est l’écrivain. Même lorsque son récit est autobiographique, l’auteur en lui aura toujours l’impression de surplomber la scène. La mise en abîme du récit à la fin de Contretemps tend à dévoiler ce fantasme. Quand le narrateur ramasse le manuscrit qu’il n’a pas donné à lire à Laura, il découvre subitement que son livre n’est pas seulement le témoignage de son expérience, mais son symptôme aussi. Comme Laura, ouvrant à Santiago un bistrot français, pays qu’elle n’était pas loin de détester, le narrateur a écrit Contretemps pour rentabiliser une expérience somme toute assez négative. On n’échappe pas au symptôme, l’exil est avant tout une expérience de dédoublement, de division.
Parlons un peu du titre. Les personnages du roman semblent toujours à contretemps, notamment en ce qui concerne la mémoire. L’un veut oublier quand l’autre tente de se souvenir et inversement. Comment fonctionne ce chassé-croisé entre mémoire et oubli ?
Les rapports entre mémoire et oubli sont trop souvent appréhendés en termes moraux, on parle alors de devoir de mémoire avec tout ce que cela comporte de culpabilité. Nous savons qu’il en va tout autrement, ne serait-ce que parce que la mémoire a une dimension traumatique et l’oubli un effet réparateur. En réalité chaque personne et chaque génération a sa stratégie, laquelle d’ailleurs est vouée à changer au cours du temps. Ce qui est transmis ou omis en termes de mémoire d’une génération à l’autre, voilà ce qui devrait nous faire réfléchir. Comme beaucoup de jeunes de sa génération, lorsque le narrateur quitte le Chili, il ne veut plus entendre parler de politique . Or une fois en France l’étrange silence des exilés sur ce chapitre le pousse à y revenir. Pourquoi ce silence ? Que cache-t-il ? La parole de Laura répond à cette attente. Il s’agit d’une parole transgressive, d’une parole de femme dans un milieu où les valeurs idéologiques sont portées par les hommes. Cette levée du secret aura des effets angoissants, mais aussi érotiques sur le narrateur.
Est-ce la raison pour laquelle, "le silence se trouve au départ" de cette histoire ?
31 janvier 2007
13 janvier 2007
18 décembre 2006
Librairie Espagnole
Dans une ambiance très chaleureuse s’est déroulée à paris, à la librairie espagnole, la présentation du roman contretemps, de l’écrivain chilien bernardo toro.
L’auteur présenta ce premier ouvrage -qui traite du thème complexe de l’exil chilien en France- à un public venu en nombre et très enthousiaste, composé pour la plupart des responsables du monde de l’édition, ainsi que des universitaires, des chercheurs et d’amateurs des lettres latines.
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04 décembre 2006
Librairie espagnole
13 novembre 2006
29 octobre 2006
Radio France Internationale (RFI).
El "Contratiempo" de Bernardo Toro
(Foto: ©RFI/Jordi Batallé)
L’éditeur français “Les petits matins” vient de publier “Contretemps”, roman de l’écrivain chilien Bernardo Toro, qui aborde le long de ses trois cent pages l’exil chilien à Paris, sans fausses complaisances, tout en décrivant la vie parfois cruelle dans la capitale française. Ville dans laquelle, au début des années quatre vingts, beaucoup de chiliens, contraints à accepter n’importe quel travail, survivaient dans des chambres de bonne étroites, ou dans des banlieues éloignées.
Le récit se déroule à travers le prisme d’un jeune chilien, qui n’a pas subi la dictature dans sa chair, mais que l’irrespirable atmosphère du Chili de Pinochet pousse vers la capitale française. Ce roman, écrit en français, est en quelque sorte une conséquence inespérée de cette diaspora chilienne qui, dans les années soixante dix, avait découvert les atrocités commises par la dictature par le biais d’un rapport rédigé en anglais par Amnistie International.
14 octobre 2006
SOIREE A L'AMBASSADE
Le mercredi 11 octobre 2006, l’Ambassade du Chili et les éditions Les Petits matins ont organisé la présentation du roman «Contretemps», du jeune écrivain Bernardo Toro, en présence de S. Exc. Mme Pilar Armanet, ambassadrice du Chili en France, de Mr Raúl Fernández, chef de chancellerie, ainsi que plusieurs invités du monde de l’édition, journalistes, écrivains, universitaires et personnalités. Un très nombreux public a assisté aussi au lancement du livre, dans le cadre somptueux de l’Hôtel particulier habité autrefois par Pablo Neruda.
La présentation de ce roman sur l’exil dans ce lieu avait une portée très symbolique. En effet, c’est l’exil chilien qui s’invite dans les murs de la représentation chilienne à Paris, un site qui leur fut longtemps fermé et hostile. L’événement contribue aussi au rapprochement entre le Chili de l’intérieur et le Chili de l’exil.
Mr Roland Husson, écrivain et ancien diplomate, attaché culturel Français à Santiago en 1973 - auteur notamment de l’ouvrage «nous avons mal au chili» - a ouvert la soirée par la présentation du livre. M. Husson a relevé quelques influences de la littérature française sur «contretemps» et le fait même qu’il soit écrit en français. En effet, de par son histoire récente et surtout du fait de l’exil, une partie des lettres chiliennes est écrite aujourd’hui dans d’autres langues.
Les comédiens Diane Dassigny et Aurélien Rondeau ont proposé une lecture de quelques extraits du roman, mise en scène par Astrid Sylvain. L’auteur a ensuite pris la parole pour faire des chaleureux remerciements, entre autres à l’association araucaria, qui l’a accompagné dans l’aventure de son premier livre et a œuvré aussi efficacement pour la réussite de la soirée. Bernardo Toro a assuré ensuite une séance de dédicaces, et son oeuvre a trouvé un excellent accueil auprès du public.
Lors du cocktail qui a clôt la présentation, plus de deux cents convives ont pu déguster les vins chiliens, des empanadas et des petits fours chiliens, dans une ambiance chaleureuse et conviviale. Les invités sont partis avec le livre sous le bras, non sans une certaine fierté de se l’être procuré en avant-première.
08 août 2006
Patricio Manns sur «Contretemps»
27 juillet 2006
Biographie de Bernardo Toro

Bernardo Toro est né à Santiago du Chili en 1964, au sein d'une famille de gauche. Son père, fonctionnaire de l'Université du Chili, congédié de son poste pour des raisons politiques après le coup d'État de 1973, a joué un rôle actif dans l’aide aux victimes du régime militaire chilien.
Jeune joueur d'échecs, Bernardo Toro a représenté son pays dans plusieurs compétitions internationales. Lors du Championnat du monde junior à Dortmund (Allemagne) en 1980, il a fait match nul contre le champion du monde Gary Kasparov. Au moment d’abandonner la compétition, il était vice champion sud-américain d'échecs.
Après avoir entamé des études de médecine à l'Université du Chili, il décide de quitter son pays afin de poursuivre des études de lettres à Paris. De grand-mère française, émigrée au Chili au début du siècle, il s’agissait en quelque sorte pour lui d’un retour aux sources. Parallèlement à ses études universitaires, il réalise diverses animations d'échecs. Je me rappelle en particulier une simultanée à l'aveugle contre seize participants à la Bibliothèque Nationale de France. En 1987, il soutient à Paris IV un mémoire de D.E.A. sur l’œuvre de Marcel Proust. Depuis, il travaille comme professeur de français dans la région parisienne. Entre 1988 et 1993, il dirige la revue d’art et littérature Lieux extrêmes qui publiera des auteurs de renom tels que Jacques Derrida, Jean Baudrillard, Julia Kristeva, Jean-Luc Marion, Philippe Sollers, etc. Il dirige actuellement la revue Rue Saint Ambroise, publication trimestrielle consacrée à la fiction courte contemporaine. Auteur de plusieurs essais sur la littérature, Bernardo Toro a écrit trois romans inédits.
Manuel Cariz













